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COUVENT DES CARMES-BILLETTES (Paris)
24, rue des Archives
Façade Dessin M. Hochereau
De nos jours © MCP
L’histoire des Carmes-Billettes plonge ses racines dans l’un des thèmes majeurs de la propagande antisémite depuis le Moyen Age : l'accusation de profanation d'hosties contre les Juifs.
Celle qui nous intéresse,rapportée par plusieurs chroniques de l’époque, date de 1290.
Jonathas Ben Haym, juif parisien et prêteur sur gages, exigea d’une femme qu’elle lui fournisse une hostie consacrée en échange des vêtements qu’elle lui avait déposés. L’usurier lacéra l’hostie sans parvenir à la couper. Quand du sang se mit à en couler, il la jeta dans le feu d’où elle ressortit intacte en virevoltant. Jetée dans de l’eau bouillante qui se transforma en sang, elle s’éleva de nouveau. Alors, apparut sur du pain Jésus crucifié.
Cet événement, appelé « miracle des Billettes », et qui aurait converti au christianisme de nombreux témoins, fut commémoré par un vitrail situé dans l'église Saint-Étienne-du-Mont et par une pièce de théâtre médiévale, Le Mistère de la Saincte Hostie.
Quant à Jonhatan, son sort, lui, ne releva pas d’une légende : il fut bel et bien condamné au bûcher en place de Grève, et le couteau déicide fut longtemps visible dans un reliquaire...
Vitrail du Miracle des Billettes © MCP
Détail du vitrail © MCP
A la suite de ce sacrilège commit, selon la tradition, le jour de Pâques, la demeure de Jonathan, confisquée par le roi, porta le nom de la Maison du miracle. Quatre ans plus tard, en expiation de ce forfait, Régnier Flaming, un bourgeois de Paris, voulut y faire établir une chapelle qu’il eut l’autorisation d’édifier. Pour en assurer le service religieux, il fit venir des Hospitaliers de la Charité Notre-Dame établis près de Châlon-sur-Marne en 1286, et à qui Philippe le Bel donna la maison du Juif en 1299.
 
Au 14ème siècle, la petite communauté s’accrut et bénéficia de donations et d’acquisitions de maisons voisines, lui permettant d’agrandir la chapelle primitive, d’édifier un cloître et d’avoir un cimetière.
 
Au 16ème siècle, les Hospitaliers furent désignés sous le nom populaire de « Billettes » dont l’origine est incertaine. Ni tout à fait religieux, ni tout à fait séculiers, on suppose que les Hospitaliers portèrent  des billettes* sur leurs habits pour se distinguer.
*En héraldique, une billette est un petit meuble de forme rectangulaire posé verticalement ou horizontalement dans le blason.
Exemple de "billette" sur un blason
Au début du 17ème siècle, la discipline s’était singulièrement relâchée. Réduits à un petit nombre, les religieux avaient négligé toute étude et dissipé en grande partie le temporel de leur maison. Poussés par leurs créanciers, ils durent se résoudre à céder leur couvent à un autre ordre régulier. En 1627, ils conclurent un accord avec les Feuillants du faubourg Saint-Honoré qui se proposaient d’y établir leur noviciat.
L’année suivante, après plusieurs enquêtes, le Parlement prescrivit une réforme du monastère en déléguant le prieur de Sainte-Geneviève et celui des Minimes de la place Royale, auxquels les religieux des Billettes refusèrent de se soumettre en exigeant un supérieur qui ne soit pas de la réforme.
Les Feuillants ayant renoncé à leur projet, ce furent les Carmes réformés de l’Observance de Rennes qui conclurent un accord en 1631 avec les Billettes où ils s’installèrent après que ceux-ci  leurs eurent cédé l’ensemble de leurs bâtiments moyennant le paiement de leurs dettes.  
La réunion des Carmes et des Billettes ayant été prononcée par le pape en 1632, le couvent conserva néanmoins son appellation d’origine, et les religieux furent nommés populairement,  Carmes-Billettes.
 
Dès le commencent du 18ème siècle,  l’église menaçait ruine. Mais, comme l’avait fait des siècles auparavant le curé de Saint-Jean-en-Grève, paroisse sur laquelle les Hospitaliers s’étaient installés, son lointain successeur contrecarra longtemps le projet de reconstruction.
En 1755, après accord, les travaux purent commencer. Terminés en 1758, la nouvelle église présentait  un chœur circulaire et des tribunes de chaque côté de la nef pour les laïques.
Vers la fin du 14ème siècle, suite à l’exhaussement graduel du quartier, l’église et le couvent se retrouvèrent sous le niveau de la rue. Il fallut rebâtir, et cela se fit au-dessus des anciennes constructions. L’église, consacrée en 1408, avait son entrée sur la rue des Billettes qui disparue lors de la fusion de plusieurs rues au 19ème siècle et dont résulte l’actuelle rue des Archives.
 
L’ancienne église, qui fut conservée, devint une chapelle souterraine et  crypte funéraire pour les religieux et les bienfaiteurs du couvent.
La nouvelle, peu étendue, possédait une tribune qui servait de chœur aux religieux et  quatre chapelles dont celle de la Vierge affectée à la confrérie des menuisiers (1368).
Plan Turgot, dit Louis Bretez
De nos jours © Googhle Earth
© MCP
Au début de la Révolution, ayant refusé de se soumettre à l’abolition des ordres religieux, ils furent expulsés de force par un décret d’octobre 1790, décret qui leur assigna le couvent des Carmes déchaussés où certains trouvèrent la mort lors du massacre perpétré dans ce couvent en septembre 1792 ► massacre des Carmes.
D’abord vendus comme biens nationaux, l’église et le couvent furent rachetés par la Ville en 1808.
 
En 1812, l’église fut attribuée aux protestants de la confession d’Augsbourg qui la possèdent toujours. Si son aménagement intérieur, qui date pour l'essentiel de l'Empire et du règne de Louis-Philippe, a fait disparaître toute l'ornementation catholique,  son architecture n’a pas changé (chœur circulaire, tribunes).
Le  cloître, datant de 1427, est le  seul cloître du Moyen Age subsistant encore à Paris. Rectangulaire, il comprend quatre galeries formées d’arcades à voûtes flamboyantes.
Après avoir servi d’atelier de menuiserie, son bâtiment fut affecté plus tard à une école lancastrienne transformée en école communale par la suite. Il est régulièrement ouvert au public dans le cadre d’expositions.
© MCP
© MCP
Façade de l'église devenue temple © MCP
Y furent inhumés
 
Peu de personnalités d’envergure y élire leur sépulture. Mais ce qui reste passionnant dans ce lieu est de savoir que la crypte, qui servit de caveau à des prêtres, des bienfaiteurs, etc., existe toujours puisqu’il s’agit de l’église d’origine. Ces issues ayant été murées, elle est hélas inaccessible.
A priori, des fouilles y auraient été effectuées au 19ème siècle dont le résultat serait dans un fonds à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris ce que, au moment de la rédaction de cet article, je n’ai pu vérifier à mon plus grand regret.
 
En revanche, il est certain qu’aucun tombeau d’importance n’y fut érigé. L’ensemble des tombes, dans l'église ou dans le cloître, se présentait sous forme de pierres plates plus ou moins ouvragées.
-La plus ancienne épitaphe retrouvée date de 1347 : Henry de Courtelery, chevalier "de la nation de Bourgogne" représenté avec son armure.
-La plus récente, dans le cloître,  date de 1732 : l’abbé Mandat, doyen des conseillers clercs du Parlement de Paris.
 

► COYNART Etienne († 1662)
Fils du suivant. Conseiller du roi, maitre ordinaire de sa chambre des comptes à Paris
 

► COYNART Jean-François († 1619)
Père du précédent. Conseiller du roi, greffier en chef en son conseil d’Etat et privé
 

► DU PARC Marquise
► MASSON Jean Papire (1544-1611)
Jésuite à la fois écrivain, historien, géographe, biographe, critique et avocat, il enseigna la littérature à Rome et à Naples avant de revenir en France professer les humanités. En 1570, il renonça à l’enseignement pour se consacrer au droit et devint avocat au Parlement de Paris en 1576. Sincère, généreux et doté du sens de l’humour, ces qualités participèrent probablement à sa nomination comme employé principal de la Chancellerie et comme substitut au Garde des Sceaux sans devoir acheter l’un et l’autre privilège.
► MÉZERAY  Jean Eudes de (1610-1680)
Son cœur uniquement
Frère de l'historiographe et académicien François de Mézeray,  il fut béatifié en 1909 et canonisé en 1925, depuis 1884 ses cendres se trouvent dans une crypte de l’église Notre-Dame-de-la Gloriette de Caen, ancienne église des Jésuites.
 




Sources principales :
- Epitaphier du vieux Paris - Tome II
- Procès-verbal de la commission du vieux Paris du 7 juillet 1898
- Catalogue général des manuscrits de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris
(*) commentaire(s)
12 décembre 2015
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par Marie-Christine Pénin
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