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HOSPICE DES ENFANTS-TROUVÉS (Paris) (disparu)
Plan Turgot par Bretez (1739)
Enfant adultérin, né hors mariage ou dans une famille trop pauvre, orphelin, malformé, etc., les raisons d’abandonner les enfants étaient autrefois légion. Devant un recours institutionnel insuffisant, sinon inexistant, longtemps la société sembla insensible à ces destins pitoyables composés majoritairement de nouveau-nés.
 
Pendant des siècles, exposés à tous les dangers de la rue ou au mieux laissés nuitamment sur un perron d’église avec l’espoir qu’il soit encore vivant le lendemain matin au moment de sa découverte, les enfants trouvés,  dit aussi  « exposés »,  étaient portés à l’hôpital de la Trinité où ils devaient être élevés à l’aide de ressources fournies par les Hauts Justiciers, qui à Paris étaient tous ecclésiastiques, du territoire  où ils avaient recueillis.
Tout changea quand saint Vincent de Paul fonda l'Ordre des Filles de la Charité pour aider les enfants abandonnés et trouvés. Grâce à d’importants dons provenant de la haute société,  l'institution des Enfants-Trouvés put être fondée en 1638. Si les piètres résultats concernant la mortalité infantile n’y furent pas à la hauteur de la belle promesse, au moins l’institution eut-elle l’avantage de contribuer à modifier les comportements liés à l’abandon en faisant sortir, en quelque sorte, le petit délaissé de l’oubli.  
 
Du Port Saint-Landry, où ils étaient installés depuis 1570, ils déménagèrent dans le faubourg Saint-Denis,  puis au château de Bicêtre qu'Anne d’Autriche avait donné antérieurement. Mais, inconfortable et trop éloigné du centre de Paris,  on acheta un grand terrain dans la rue du Faubourg-Saint-Antoine sur lequel on construisit un établissement, avec chapelle, dont la reine Marie-Thérèse posa la première pierre en 1674. Parmi les grands bienfaiteurs on compte le chancelier Etienne III d’Aligre, sa femme, Elisabeth Lhuillier (Luillier) et le président de Bercy qui donnèrent des sommes considérables.
 
Cet hospice dépendait de l’Hôpital Général de la Salpêtrière et était desservi par les sœurs de Saint-Vincent. Au 18ème siècle, comme la plupart des enfants étaient « exposés » dans Paris à des heures trop tardives pour les porter à l’hospice du faubourg Saint-Antoine qui  s’avérait aussi insuffisant, on construisit, en 1748, une maison filiale sur le parvis de Notre-Dame.
Le tour d’abandon par Henri Pottin (1820-1864)
Tour de l’hospice général à Rouen https://parciparla.fr/tour-d-abandon/
Entrée principale de l’ancien hôpital Trousseau © Atget
Cour d’honneur © AP-HP
Sa chapelle, complètement rénovée en 1827, fut par la suite louée au culte maronite en attendant sa démolition en 1905. Il n’en reste rien.
Le tour d’abandon
 
Les Enfants Trouvés, comme d’autres hospices, se dotèrent alors d’un tour d’abandon, ou boîte à bébé, inspiré des « ruote dei trovatelli » (« roues pour enfants trouvés ») qui existaient déjà en Italie depuis 1198. Ce tour d’abandon consistait en un cylindre ouvrant sur l’extérieur du bâtiment comme un tambour de porte dans lequel les mères déposaient anonymement les bébés. En faisant tourner le tour, et en passant ainsi le bambin de l’autre coté du mur, un système de clochettes était actionné qui prévenait qu’un nouveau petit pensionnaire venait d’arriver afin qu’il puisse être pris en charge au plus vite.
De nos jours : le square Trousseau sur son emplacement © MCP
Y furent inhumé(e)s
 
La chapelle, qui comprenait un ou plusieurs caveaux, fut utilisée comme lieu de sépulture. Qui y reposa ? Une seule personne semble l'avoir marquée de sa présence :
 
►ALIGRE, Elisabeth Lhuillier (Luillier), chancelière d’ († 1685)
Grande bienfaitrice de l’hospice avec son mari, le chancelier Etienne II d’Aligre, après la mort de ce dernier (1677), la chancelière continua à s’occuper de l’établissement où elle se fit réserver un appartement dans lequel elle mourut. Inhumée dans « l’un » des caveaux de la chapelle, elle en fut exhumée en 1902. J’ignore ce qu’il advint de ses cendres.
 
Le cimetière, quant à lui,  est surtout resté vivace dans les mémoires pour une personnalité :
 
►LAMBALLE Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse de (au moins la tête)
 


Sources principales :
-Dictionnaire historique des rues de Paris par Jacques Hillairet –Ed. de Minuit (1963)
-Géographie des enfants trouvés de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles : article d’Isabelle Robin et Agnès Walch Histoire, économie & société  (1987) pp. 343-360
-https://parciparla.fr/tour-d-abandon/
(*) commentaire(s)
5 juin 2018
Accusé de favoriser l’abandon et le vice par le biais de l’anonymat, les tours d’abandon furent décriés dès 1830 pour commencer à être délaissés dès 1845.Le 27 juin 1904, une loi les aboli définitivement au profit de « l’accouchement sous X » qui autorise les femmes à accoucher anonymement pour laisser leur bébé.
Néanmoins certains pays comme l’Allemagne (en 2000) ou la Fédération de Russie (en 2011) les remirent récemment au goût du jour en en dotant de nombreux établissements hospitaliers.
 

De l’hospice à l’hôpital pour enfants
 
Agrandi en 1708, 1758 et 1776, les enfants trouvés ayant été transférés à l’ancien Oratoire de la rue d’Enfer en 1795, l’établissement  accueillit, à partir de 1809, les orphelins qui se trouvaient jusqu’alors à la Pitié qui furent réunis aux enfants trouvés rue d’Enfer en 1838.
En 1840, sous le nom d’hôpital Sainte-Marguerite, il devint une annexe de l’Hôtel-Dieu.
Un temps affecté à des malades adultes, l’établissement retrouva sa vocation à servir l’enfance en 1853 quand, pour désencombrer  l'hôpital des Enfants-Malades de la rue de Sèvres, on construisit, à côté de l’hôpital Sainte-Marguerite, une annexe pour recevoir les enfants malades des quartiers populaires de l’est parisien.
L’année suivante (1854), Napoléon III et  l’impératrice Eugénie inauguraient un asile plus spacieux et confortable de 425 lits destinés aux enfants de 2 à 14 ans. Appelé hôpital Sainte-Eugénie, puis des Enfants-Malades (1870), il devint hôpital Trousseau (1880) en mémoire du clinicien Armand Trousseau (1801-1867). A l’ère pasteurienne, l’idée s’affirmait qu’il fallait isoler les malades par pathologie infectieuse afin d’éviter la contagion intérieure : entre 1882 et 1888, près d’un tiers des enfants hospitalisés pour la rougeole décédèrent. Mais ces mesures d’isolement n’eurent que peu d’effets.
 
Jugé trop vétuste pour pouvoir être rénové selon les nouvelles normes hospitalières  d’hygiène et d’isolement, le vieil hôpital Trousseau était condamné à disparaître. En 1895, l’occasion de travaux de voierie autour de la gare de Lyon sonna son glas. L’Assistance Publique  décida alors de le désaffecter et de le remplacer par trois nouveaux établissements hospitaliers : Bretonneau, Hérold et le nouveau Trousseau (1901). Quant à l’ancien hôpital, il fut démoli en 1902. Depuis, le  square Trousseau occupe son emplacement.
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