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L’AFFAIRE DES POISONS : LA MARQUISE DE BRINVILLIERS, LA VOISIN,…
►BRINVILLIERS, Marie-Madeleine d’Aubray, marquise de (1630 – 16 juillet 1676)
Cendres dispersées dans la Seine (Paris)
Aînée des cinq enfants d’Antoine Dreux d'Aubray, elle reçut une bonne éducation. Violée à sept ans, elle apparait ensuite douée d'une nature ardente, passionnée, mettant une étonnante énergie à la disposition de ses passions. Charmante, alerte, jolie, avec de grands yeux d'une expression profonde, d'un caractère aimable et enjoué, elle impressionnait beaucoup par sa manière de parler vive, nette et ferme.
En 1651, à l'âge de vingt et un ans, elle épousa un jeune maître de camp du régiment de Normandie, Antoine Gobelin de Brinvilliers. Le couple fut richement doté.
Hissée sur un tombereau qui avait peine à percer la foule qui se pressait sur son passage, accompagnée de l’abbé Pirot, on la mena faire amende honorable devant Notre-Dame où elle répéta docilement la formule que lui dicta le bourreau et par laquelle elle avouait publiquement ses crimes. Puis, elle fut dirigée vers la place de Grève. Les rues étaient noires de monde et les fenêtres bondées de curieux. « Affaiblie après la question qu’elle avait subie le matin même, la marquise de Brinvilliers s’appuyait contre l’amas de paille et de bois qui servirait à la brûler ; elle serrait un crucifix contre sa poitrine et ses yeux jetaient un éclat de terreur […]» . Elle gravit les marches de l’échafaud. Selon Mme de Sévigné,  venue assister à l'exécution de la fenêtre de l'une des maisons du pont Notre-Dame :  « Jamais il ne s'est vu tant de monde, ni Paris si ému, ni si attentif ». Elle s’agenouilla. L'abbé Pirot entonna le Salve, et le peuple, pressé autour de l'échafaud, reprit le chant. Un coup suffit pour lui trancher la tête. La marquise de Brinvilliers mourut comme elle  avait vécu : résolument.
« A l’aide de leurs hallebardes, les archers dégagèrent un espace où le bois, la paille et l’huile furent entassés sur le bûcher. Le corps de la morte fut déposé au sommet et les torches allumées ». Ses cendres furent dispersées dans la Seine.
Longtemps après sa mort on parla d’elle, les grands avec mépris et dégoût, le peuple, ému par son repentir, sa dignité face à la mort et sa tragique histoire,  avec respect et vénération. Le lendemain de son exécution, une émeute populaire réclamait les ossements de la sainte immolée la veille...
La marquise croquée par Le Brun sur le chemin de son supplice
Auteur anonyme -Paris-Musée Carnavalet
►AUBRAY Antoine Dreux d’
 
►AUBRAY François Dreux d’ (1635 - 12 novembre 1670)
Oratoire Saint-Honoré (Paris)
Chevalier, comte d'Offémont, conseiller du Roi aux conseils et en la cour de Parlement, lieutenant au Châtelet, il était hébergé par son frère Antoine quand Marie-Madeleine, après avoir empoisonné ce dernier, décida de l’éliminer à son tour. Antoine avait d’abord hérité, et maintenant c’était François. Quelle déception ! Il  fallait donc se débarrasser de ce frère cadet ! Mais, cette fois, l’empoisonneuse eut bien du mal à convaincre La Chaussée, qu’elle avait fait rentrer au service d’Antoine d’Aubray fils,  de poursuivre son œuvre. Une reconnaissance de dette de cent pistoles et bien des cajoleries l’ayant décidé,  François mourait à son tour cinq mois plus tard. Comme pour Antoine fils,  l’autopsie ne permit pas de conclure à l’empoisonnement. Quant à La Chaussée, on le soupçonna si peu qu’il reçut un don de cent écus légués par Antoine pour ses loyaux services ! Mais nouvelle déception : sa sœur, Marie-Thérèse, héritait, tandis que sa belle-sœur, Thérèse Mangot, veuve d’Antoine fils, conservait l’usufruit. Faute de pouvoir placer ses hommes de main auprès des deux femmes, la marquise ne put les faire empoisonner.
François Dreux d’Aubray rejoignit son père et son frère dans la tombe familiale de l’Oratoire Saint-Honoré.
Sire d'Offémont et de Villiers, conseiller d'Etat, maître des requêtes Lieutenant civil*, prévôté et vicomté de Paris, en charge des affaires conjugales à Paris, lieutenant général des mines et minières de France, il découvrit que son gendre dévorait la dot de sa fille tandis que cette dernière dépensait allègrement ce qu’il en restait en compagnie de son amant, le libertin Sainte-Croix. Le 13 juin 1666, souffrant depuis plusieurs mois de maux étranges, il pria Marie-Madeleine de le rejoindre à son château d'Offémont qui, tout en lui témignat de la tendresse filiale, mêla du poison à son bouillon de viande. Pris d'affreux vomissements qui continuèrent jusqu'à sa mort, malgré les meilleurs médecins,  ramené d'urgence à Paris , il mourut quelques mois plus tard.  La marquise avoua qu'il fut empoisonné vingt-huit ou trente fois, par elle ou par La Chaussée, laquais de son amant, qu'elle avait embaucher chez son père.
*Le plus haut magistrat de police avant la création du poste de lieutenant général de police.
►AUBRAY Antoine Dreux d’ (1600 – 10 septembre 1666)
Oratoire Saint-Honoré (Paris)
Registres paroissiaux de Saint-Eustache © MCP
Registres paroissiaux de Saint-Eustache © MCP
►BRIANCOURT Jean-Baptiste ( ? - ?)
Lieu ignoré à ce jour
Timide et joli garçon, ancien séminariste et pour lors avocat stagiaire, il voulait poursuivre une carrière en Sorbonne. Le temps de vacance, il accepta le poste de précepteur des enfants de la marquise, chez laquelle il demeura huit à neuf mois. Devenu son amant, elle résolut néanmoins de se défaire de cet homme qui répondait à ses confidences en censeur et qui refusa d’empoisonner la sœur et la belle-sœur de sa maîtresse. Craignant, à juste titre, pour sa vie – on tenta de le poignarder puis de le tuer par balles- enfin décillé, il se retira au village d’Aubervilliers où, vivant en solitaire, il enseigna dans un collège de l’Oratoriens (Notre-Dame-des-Vertus). Son témoignage fut en grande partie fatal à Mme de Brinvilliers.
Sa date et son lieu de décès sont,  à ce jour, ignorés
 
►BRINVILLIERS Antoine Gobelin, marquis de († ap. 1700)
Lieu ignoré
Il descendait directement de la famille Gobelin, la célèbre manufacture. Chevalier de Malte, seigneur, puis marquis de Brinvilliers (1669) (en fait de Brunvillers-la-Motte qu'une prononciation défectueuse transforma à jamais en Brinvilliers), baron de Norat, seigneur de Sains, etc., il fut colonel aux régiments d’Auvergne, puis de Normandie. Maréchal des camps et Armées du Roi, il épousa  Marie-Madeleine en 1651. Joueur invétéré, mari volage et grand noceur,  dépensant sans compter pour son vice et ses maîtresses, il refusa de divorcer quand sa femme souhaita convoler avec Sainte-Croix. Elle tenta alors plusieurs fois de l’empoisonner avant de, prise de remords, lui faire boire du lait comme antidote, ou  soigner par l'un des plus fameux médecins du temps, Nicolas Brayer (1606-1678).
L’encombrant mari vivait dans la terreur quand, sa femme en fuite, il s’installa  tranquillement, avec enfants et domestiques, dans le château d'Offémont, appartenant à la succession de son beau-père et de ses deux beaux-frères.  Il avait pris possession des terres environnantes, et il ne fallut pas moins de deux lettres de cachet (22 février et 31 mars 1674) lui enjoignant de sortir du château et de s'en tenir éloigné au moins de trois lieues, pour plier bagage. Puis, où passa donc Brinvilliers ? Sorti de l’actualité au profit de celle bien plus captivante de sa femme, puis de celle de l’affaire des poisons, son sort  ne présentait aucun intérêt. C’est ainsi qu’il disparut au point qu’on ignore sa date et son lieu de décès.
 
►GAUDIN DE SAINTE-CROIX Jean-Baptiste (1630 - 31 juillet 1672)
Probablement le cimetière Saint-André-des-Arts (Paris)
Cadet sans fortune d’un modeste robin, il se faisait  passer pour la bâtard d'une bonne famille de Gascogne, et se faisait nommer Godin de Sainte-Croix. Officier originaire de Montauban,  se disant capitaine en disponibilité du régiment de Tracy-Cavalerie, un mémoire du temps le décrit comme jeune et bien fait, doué, de tous les avantages de l'esprit et peut-être encore de ces qualités du cœur dont une femme manque rarement, à la longue, de subir l'empire.
Entré dans les bonnes grâces du marquis de Brinvilliers, celui-ci le ramena en 1658/1659 d’une de ses missions en province, et l’installa à demeure dans son hôtel parisien. Devenu  l’ami de la famille, l’ancien compagnon de débauche, arnaqueur et se vit prier de tenir compagnie à Marie-Madeleine lors des incessants déplacements du marquis. Marie-Madeleine connut enfin la grande passion. Situation qui arrangeait bien le marquis, toujours en quête d’un nouveau jupon.
Emprisonné sur ordre d’Antoine d'Aubray, libéré au bout de six semaines, peut-être pour calmer les ragots, il se maria tout en continuant sa liaison avec la marquise.
Ce dangereux escroc, passionné d’alchimie, et fort de son initiation auprès du chimiste Christophe Glaser, se fit bientôt empoisonneur en mettant ses connaissances au service de sa maîtresse et aussi au sien par la même occasion…Mais le coquin conservait dans une cassette des fioles et des documents très compromettants pour Mme de Brinvilliers. Et Sainte-Croix, malade depuis plusieurs mois, de mourir. Criblé de dettes,  un commissaire fut requis pour apposer les scellés à son domicile. Quand la marquise dépêcha de toute urgence La Chaussée, pour aller récupérer la cassette, il était trop tard. L’arme redoutable détenue par son amant allait se retourner contre elle avec les documents qui révélaient  la  série d'empoisonnements perpétrés par le couple sur le père et sur les deux frères de la marquise.
L’ensemble des éléments trouvés  au moment de son décès, sauf à être passé par la morgue, laisse penser qu’il pourrait avoir été inhumé au cimetière Saint-André-des-Arts,  sa paroisse.
 
►LA CHAUSSÉE, HAMELIN Jean, dit († 24 mars 1673)
Roué vif en place de Grève
Laquais d’Antoine d’Aubray fils, puis garçon baigneur et coiffeur, valet et exécuteur des basses œuvres de Sainte-Croix, il espérait bien que les empoisonnements lui permettraient de s’enrichir.
Condamné la question ordinaire et extraordinaire, à être roué vif et à expirer sur la roue, soumis à la torture, il montra une rare vigueur et nia tout. Puis, après avoir été relâché et réconforté, songeant peut-être à sa mort prochaine, il avoua ses crimes, et parla des forfaits de la marquise de Brinvilliers. Il fut exécuté le même jour en place de Grève. Qu'advint-il ensuite de sa dépouille ? Brûlée ?
►PENNAUTIER Pierre-Louis Reich de (1614 – 2 août 1711)
Recherches en cours
Pierre-Louis ou Bernard ?
Trésorier des Etats du Languedoc, financier de haut rang, et l’un des plus importants du règne de Louis XIV, à la charge de trésorier des Etats, il ajouta celle de trésorier de France, ce qui lui permit de gérer à la fois les impôts levés par le roi et ceux payés à la province par les Languedociens. Homme de Colbert, dont il soutenait la politique économique, il accrut son immense richesse quand, en 1669, il devint receveur général du clergé pour l'ensemble de la France, gérant dès lors les deniers de l'Eglise, encaissant les recettes de celle-ci et plaçant les emprunts qu'elle souscrivait. Son sens aigu des affaires l'amena à investir à bon escient ses capitaux, prêtant 500 000 livres à Pierre-Paul Riquet pour la construction du canal de Languedoc, soutenant la fondation du port de Sète et la Compagnie du Levant, créant la Manufacture royale de Pennautier, très prospère au 18ème siècle.
Il fit connaissance de Marie-Madeleine et Sainte-Croix et leur prêta des fonds à partir de 1666. Pendant ses années d’errance, la marquise, lui envoya plusieurs courriers afin qu’il l’aidât. Le nom de Pennautier revenait un peu trop souvent…Cependant, en l’absence de la marquise, alors en fuite, il ne fut arrêté qu’en juin 1676. Avoir été accusé, en 1669, de l’empoisonnement de son prédécesseur, Saint-Laurent,  au poste receveur général du clergé, ne jouait guère ne sa faveur. Finalement,  disculpé par Mme de Brinvilliers, il sortit blanchi de l’empoisonnement de Saint-Laurent et de toutes les autres accusations au bout de treize mois d'emprisonnement.
 
►PIROT Edmond (1631 – 4 août 1713)
Cathédrale Notre-Dame (Paris)
Chantre de Varzy (Nièvre), puis chanoine et chancelier de Notre-Dame à Paris, il fut nommé examinateur des livres et des thèses relatifs à la théologie, censeur de livres, A ce titre, il se trouva mêlé dans l'affaire du quiétisme. Il fut aussi supérieur du couvent des Carmélites du fg Saint-Jacques et, en cette qualité, donna les derniers sacrements à Mlle de la Vallière. Par sa science et les fonctions qu’il occupa, ses discussions avec Leibnitz qui répandirent son nom dans toute l'Europe,  il fut une personnalité importante dans le clergé de son temps. Sensible, et plein de compassion, son intelligence était fine, aiguë, douée d'une faculté remarquable de pénétration psychologique. Quand le président de Lamoignon le désigna pour assister Mme de Brinvilliers, il savait que sa parole douce et pénétrante agirait sur le cœur de l'accusée et obtiendrait peut-être ce que n'avait pu obtenir l'appareil de la justice ; qu'elle révélerait ses complices, la composition des poisons et des antidotes à employer. L’arrêt de sa condamnation à mort tomba pendant ses longs entretiens avec la marquise.
Il raconta ensuite le dernier jour de Mme de Brinvilliers minute par minute. Le récit, écrit sans souci d'art, reste un superbe témoignage. L’abbé Pirot fut inhumé en la cathédrale Notre-Dame de Paris près de la chapelle Saint-Eustache.
►12 dans la citadelle de Belle-Isle-en-Mer (Morbihan)
https://www.belle-ile.com/
►11 dans la citadelle de Besançon (Doubs)  puis d’autres arrivées en 1691
Le procès de la marquise de Brinvilliers n’était que le hors-d’œuvre de l’affaire des poisons. Il révéla le plat de résistance : l'existence à Paris d'un réseau de marchands de poisons, dont l'ampleur dépassait les plus mauvaises fictions. De nombreuses empoisonneuses, procurant à qui voulait de la
« poudre de succession » -ou d'en employer concurremment avec des rites de sorcellerie-,  devineresses,  avorteuses, magiciens,  prêtres sacrilèges, apprentis alchimistes ou charlatans, escrocs de tous poils, l’« Affaire des poisons » ne se réduisait pas à un ensemble de faits divers crapuleux. Via un vaste réseau aux multiples ramifications, elle associait la politique au crime. Toutes les strates de la société s'y trouvaient compromises, jusqu'au très proche entourage du roi. Histoire hors norme, sur fond de querelles politiques entre Colbert et Louvois, elle vit plus de 400 accusés, dont de hauts personnages de la cour,  portés devant une chambre spécialement créée par le roi, la Chambre ardente.
Créée en 1679, la Chambre ardente, suspendue momentanément d’octobre 1680 à mai 1681, le fut  définitivement en 1682.
 

Comment un nombre d’empoisonneurs échappa à la peine de la mort pour une réclusion à perpétuité.
 
L’exécution de la Voisin ne marqua pas la fin de l’affaire, bien au contraire. Sa fille, Marie-Marguerite Voisin, n’ayant plus à protéger sa mère, alla trouver La Reynie pour impliquer Madame de Montespan,  sur laquelle elle s'acharna à apporter de nouvelles prétendues précisions sur de soi-disant  nouveaux crimes.
Dès les premiers bruits concernant la favorite, le roi réagit en interdisant aux magistrats d’utiliser des registres pour les interrogatoires et leur enjoint de recourir aux feuilles volantes rassemblés dans une cassette  scellée et conservée par Louis XIV. Peu après, il demanda à la Chambre ardente de ne plus s’occuper des affaires où le nom de Madame de Montespan apparaissait, et fit suspendre la Chambre d’octobre 1680 à mai 1681, puis définitivement en juillet 1682.
En trois ans la Chambre ardente  décréta sur le sort de 442 accusés : 210 séances, 319 arrestations  (125 inculpés en fuite ne furent pas arrêtés), 104 jugements dont 30 acquittements, 34 bannissements du royaume ou amendes et 4 condamnations aux galères, et 36 peines de mort (pendaison, supplice de la roue, décapitation, étranglement,  ou bûcher).
 
Il restait à en finir vraiment. En l’absence de la Chambre ardente, on ne pouvait condamner à mort ceux qui croupissaient encore à la Bastille ou au château de Vincennes. Le 15 décembre 1682, malgré le lourd passé criminel de certains, ils furent expédiés dans des forteresses  aux quatre coins du royaume, sans jugement, sur une simple lettre de cachet. Il fallait faire disparaître définitivement de l’humanité, ces personnes , surtout des femmes, susceptibles de tenir des propos compromettants, notamment sur Mme de Montespan. Afin qu’on ne les entende pas du dehors, Louvois pria les commandants et geôliers des forts de les renfermer dans des lieux isolés.  Au regard du terrible sort qui les attendait, la mort eut probablement été préférable. A une exception connue (Rabel), et une évasion (?), tous les prisonniers y finirent leurs jours dans des conditions atroces, les pieds enchaînés à la muraille, sans chandelle ni bois pendant l’hiver, usant pendant des années les mêmes haillons couverts de vermine.
 
L’enchevêtrement des relations entre chaque personnage et les faits est d’une telle complexité qu’il est souvent difficile d’éviter  redites dans les mini-biographies . Par ailleurs, la lecture de nombreux documents et ouvrages établit quelques confusions ou contradictions parfois due à une homonymie, un manque de sources fiables,  etc. Le patronyme de certains  protagonistes peut être aléatoire, voire totalement transformé,  d’un document à l’autre. Beaucoup de prénoms manquent. Enfin, pour un travail plus pointilleux et précis, il faudrait  consulter les dossiers des prévenus conservés à la bibliothèque de l’Arsenal (Paris). Cet article n’ayant pas vocation d’un ouvrage détaillé sur l’affaire des poisons, j’ai essayé de démêler au mieux de mes moyens les implications et le sort des principaux concernés…
 

Parmi les condamnations à mort :
 
Si la menace de la peine capitale plana sur la tête de quelques femmes de condition, il n'était pas question de défier le parlement et la noblesse de robe. Celle-ci se transforma en banissement ou en un enfermement dans un couvent. Seuls les condamnés à mort subirent la torture
 
►BARENTON Nicole et Mathurin († septembre 1681)
►BARTHOMINAT Jean, dit La Chaboissière (v.1642 – 16 juillet 1682) Valet de Vanens et son empoisonneur attitré, embastillé en novembre 1677, il fut le dernier exécuté de l’affaire.
►BELLOT (BELOT) François († 10 juin 1679) Ancien chevau-léger de la garde, il s’était spécialisé dans l’accommodement des écuelles et tasses d’argent avec des crapauds gavés d’arsenic. Etranglé et exposé sur la roue place de Grève.
►BOSSE Marie
►BOUFFET Marie († décembre 1681) avorteur, associé de Marguerite Joly. Pendue et corps probablement brûlé.
►CARADA Anne de († 25 juin 1681).  client de Deschaux et Debray
►CHANFRAIN († 20 juin 1681). maîtresse de Guibourg.Pendue et corps probablement brûlé.
►CHÉRON Anne († 20 juin 1679) . Fruitière, blanchisseuse, fabricante de poisons, arrêtée en mars 1679. Par une grâce  particulière de la Chambre ardente, elle fut étranglée (retentum) avant d'être brûlée.
►COTTON Jacques († 1680) Officier des messes noires. Brûlé vif
►DAVOT abbé
►DEBRAY Etienne († septembre 1681) Berger et ancien galérien, chercheur de trésors et fournisseur de poisons.
►DESCHAULT († 20 juin 1681) berger, magicien, empoisonneur, principal complice de Guibourg. Brûlé vif
►DESLOGES Louison († décembre 1681) associée de Marguerite Joly. Pendue, puis corps probablement brûlé.
►DURAND († 14 juillet 1679) Cordonnière qui empoisonna son mari
►FERRY Mme († mai 1679) Cliente de la Voisin
►FILASTRE Françoise
►JOLY Marguerite (1637 - 19 décembre 1681) Sybille (prophétesse), très habile empoisonneuse et avorteuse, elle affirma avoir connaissance de sacrifices de nourrissons lors des messes noires. Témoin vedette contre Françoise de Dreux qu’elle accusait d’assassinats et de tentatives par empoisonnement, elle eut la satisfaction de voir celle-ci déclarée coupable. Sur l'appel de son mari et de son amant, Françoise de Dreux en fuite, fut épargnée de toute punition pour ses crimes. Brûlée vive.
►LA GRANGE
►LACHABOISSIÈRE († 16 juillet 1682) Ancien valet  de Vanens et son empoisonneur attitré, il fut le dernier à être exécuté avant la dissolution de la Chambre ardente quelques jours plus tard.
►LEPÈRE Catherine (†12 août 1679) Ancienne sage-femme, avorteuse, principale sous-traitante d’un réseau d’avortements  de La Voisin. Au regard de son âge, soixante-dix-hui ans, on lui épargna la question. Pendue
►LEROUX († 5 avril 1680) Sous-traitante de la Voisin, arrêtée en août 1679.Pendue et corps probablement brûlé.
►MAILLARD Jean († février 1682) Auditeur à la Chambre des comptes, client, il était le principal accusé dans le complot du chevalier de la Brosse (?).
►MÉLINE († 14 janvier 1682) Complice de la Joly. Pendue et corps probablement brûlé.
►MONVOISIN Catherine
►MOREAU Christophe († septembre 1681) Berger, magicien et empoisonneur
►NAIL Léonard (v. 1627 - 8 février 1679)
Curé de Launay-Villiers, ce petit homme insignifiant, malingre et grisonnant, amant de Madeleine La Grange, se révéla être un bel escroc. Enfermé  dans la prison de l’Officialité, derrière Notre Dame, il fut pendu.
►PHILBERT Catherine (10 juin 1679)  Elle empoisonna son premier mari, Brunet, avec une chemise imprégnée d’arsenic pour épouser  Philibert Rebillé, dit Philbert, crédité de l'introduction de la flûte à une clé en France. Avant son exécution, on lui coupa le poing. Pendue
►POLIGNY Anne († juillet 1681)
►POTTERAU († 13  juillet 1681) Pour se débarrasser de son mari, elle avait contacté plusieurs sorcières. Pendue.
►SANDOSME Denise († juillet 1681) empoisonneuse. Pendue et corps probablement brûlé.
►VIGOUREUX Marie
►VINEUSE. Elle se vit amputée d’un bras vers le poteau où elle était enchaînée, avant d’être brûlée vive..
 
►LA DODÉE ((† 1679) Compagne de La Trianon, elle se suicida à Vincennes en se coupant la gorge. Son inhumation se fit nuitamment et en grand secret dans un cimetière.
►MARIETTE François († 1680) abbé. Mort en prison
►TRIANON Catherine († début 1681) Compagne de la Dodée, empoisonneuse,  l’une des principales complices de la Voisin. Arrêtée avec la Dodée, elle se suicida en prison.
 

Les citadelles ou forteresses
 
Malheureusement, par manque d’archives ou de moyens de recherche, les informations sur les détenus des six forteresses où ils furent expédiés, entre 1679 et début 1683,  sont inexistantes ou parcellaires, notamment pour les dates de décès et le lieu de sépulture. La citadelle de Belle-Île a pu me fournir la liste des prisonnières, mais seule la citadelle de Besançon a pu me renseigner plus précisément.
Tous ne restèrent pas dans leur prison d'origine. Des transferts d’une geôle à une autre  eurent lieu  par la suite. Par exemple, on note plusieurs arrivées à la citadelle de Besançon en 1691. Avec le temps, les avis de décès se firent de plus en plus rares, puis les survivants n’intéressèrent plus personne.
Astaroth, Belzébuth, Asmodée,...
En France, des siècles de christianisme n'avaient pu entamer un vieux fond de paganisme et de superstition. Astrologues, devins, faiseuses d'anges, maîtres chanteurs, prêtres dévoyés, bergers envoûteurs et autres abusaient facilement d’un peuple ingénu.
Dans l’imaginaire, le poison reste l’apanage des femmes et c’est la figure de l’empoisonneuse qui triomphe. Elle a même son modèle : Marie-Madeleine d’Aubray, marquise de Brinvilliers. On a beaucoup écrit sur cette femme, accusée d’avoir empoisonné ses deux frères, son père et tenter le même crime sur sa sœur et sa fille aînée. Son affaire devait inaugurer la fameuse affaire des poisons aux stupéfiantes, ténébreuses et gigantesques ramifications.
Le retentissant scandale de la « marquise aux poisons » n’était que le premier acte d’une affaire autrement plus grave qui jeta un jour glauque sur un siècle pourtant réputé éclatant.
 
Affaire de la marquise de Brinvilliers : Les principaux protagonistes
Antoine Dreux d’Aubray fut inhumé à l’Oratoire Saint-Honoré, près de sa femme,  où devaient le rejoindre ses deux fils, Antoine et François, deuxième et troisième victimes de Marie-Madeleine.
La citadelle ne reçut que des femmes. Bien qu’enchaînées dans des cachots profonds et sans aération, nourries une fois par jour d’une « bouillie », cinq des douze prisonnières étaient encore en vie après 23 ans de séquestration. On ignore lesquelles comme le lieu de sépultures.
 
►CALET
►CHAP(P)ELAIN Madeleine : confusion sur une même personne ou deux femmes Chapelain ? Celle -ci est prénommée Madeleine et l’autre, Denise Chappelain, enfermée au fort Libéria est la plus connue.  
►DELAPORTE Marguerite
►DESLAURIERS
►ISAMBERT Marie, dite Bellefeuille
►LEROY Catherine : Servante de la Dusoulcy, maîtresse et souffre-douleur de La Chaboissière.
►MARESCOT :complice de La Chappelain
►MONVOISIN Marie-Marguerite (fille de La Voisin)
POIGNARD : participa aux messes noires
PELLETIÈRE (PELLETIER) ( († 1684) : associée à la Voisin, pourvoyeuse d'enfants pour les messes noires
POULAIN : associée à La Voisin
ROBERT  Anne : transférée dans une autre prison en 1692
© MCP
Enchaînés aux murs de leur prison, les ordres de Louvois étaient impitoyables : en cas de protestation ou de citation de certains noms, on les avait avertis qu’ils seraient « corrigés si cruellement au moindre bruit qu’ils feront qu’il n’y en ait pas un qui ose souffler ».
Le cimetière de la citadelle n’ayant ouvert qu’en 1708, les individus décédés précédemment furent inhumés dans celui appelé Le Petit Saint-Jean de la Ville, sur la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Besançon, au pied de la citadelle par le chemin qui y mène.
Après 1708, on peut raisonnablement penser qu’ils reposèrent dans ce nouveau cimetière dont on ignore l’emplacement.
 
►ALEXANDRE Jeanne († 1716)
►BACHIMONT comte et comtesse de (depuis leur transfert de Pierre Scize à Lyon, et avant celui à Saint-André-de-Salins)
►BAPTISTE (femme) arrivée en 1691
►BIZET François († 1693) : arrivé en 1689
►CADELAN Pierre († septembre 1684) Riche banquier parisien, complice de Chasteuil et Vanens, arrêté et embastillé le 4 janvier 1678. Arrivé en décembre 1682 à la citadelle de Besançon
►CŒURET Adam, dit Dubuisson mais plus connu sous le nom de LESAGE
►DALMAS : chirurgien. Tout aveugle qu'il fût, il avait réussi à s'évader de l'hôpital général de Tours où, par pitié, les juges l'avaient placé.
►DELZERS (?- ?) arrivé en 1691
►FAIVRE Marguerite († 1702) : arrivée en 1691
►GALET Louis (?- ?) : Sorcier de la région de Caen, principal fournisseur en poisons de la Chapelain et de la Filastre.   Arrêté en février 1680. Arrivé à la citadelle en décembre 1682.  
►GUIBOURG Etienne (abbé)
►RASSE (RASE) Gilbert († 1714) :  arrivé en 1691
►RIS Madeleine de († 1719)
►ROCHEVERT ( ?- ?) : arrivé en 1691
►ROMANI
►SAINT-LEGER Madeleine († 1702) :  arrivée en 1691
►TOURNET Pierre-André († 1714) : médecin, touché par la Grâce en prison, sa conduite édifiante lui permis de voir son sort adouci ; on le laissa aller à la messe et promener dans la citadelle
►WULSLOWISKI Jean (?- ?) : arrivé en 1691
►13 à Saint-André-de-Salins (Jura)
Cerclée en rouge, la prison. Merci à B. Corteel pour ce cliché "signalitique"
Mariée à Antoine Monvoisin, qui avait abandonné son métier de boutiquier pour boire aux frais de sa femme, avant de trépasser, La Voisin tenait commerce pignon sur rue, et avait imaginé de spéculer sur la crédulité publique. C’est ainsi qu’elle amassa une fortune considérable avec ses activités de chiromancienne, conseillère matrimoniale, magicienne, accoucheuse et avorteuse avant de vendre des poisons à de riches clients, et organiser de messes noires. Menant joyeuse vie, collectionnant les amants, la plupart complices de ses abominations, elle avait beau fréquenter des gens au-dessus de sa condition et avoir fait fortune, elle ne s’en comportait pas moins comme une poissarde.
Mais la reine des bas-fonds restait, en apparence,  une chrétienne fort pieuse, qui ne manquait jamais la messe qui se confessait régulièrement. D’ailleurs, c’est à l’issue d’une messe à l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle qu’elle fut arrêtée   le 12 mars 1679.
►19 dans la forteresse de Salses (Pyrénées-Orientales)
Les détenus étaient répartis en plusieurs geôles, dont celle-ci © CMN
Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1686, dix-huit prisonniers s’évadèrent après « avoir patiemment creusé un trou dans un mur de la tourelle sud-ouest ». Dénoncés par Rabel, ce qui valut son élargissement, malgré la nuit noire, les fugitifs, empêtrés dans les marécages alentours, furent immédiatement arrêtés. Solidement enchaînés, ils finirent leurs jours emmurés vivants dans les murs épais de la forteresse. Certains furent peut-être tués lors de cette évasion. Le lieu de sépulture des prisonniers n’a jamais été identifié jusqu’à ce jour
 
►BERTRAND († 1687)
►BOUCHARD François, dit le vicomte de Montemayor. Aventurier, escroc et hâbleur, il se disait vicomte de la Roche de Fenemberg. Il prétendait prévoir l’avenir et posséder « le secret d’un baume merveilleux » capable de soigner tous les maux et toutes les maladies, y compris la syphilis. Confident du maréchal de Luxembourg qui, curieux d’alchimie et d’astrologie, était subjugué par le vaurien.
►LATOUR : tailleur de pierre et complice de la Voisin,
►LA BOISSIÈRE (BOISSIÈRE ?)
►LAFRASSE (LAFRACE): gendarme, La Filastre l'aurait sollicité pour rentrer au service au service de Mlle de Fontages.
MEIGNAN abbé. Indiqué comme enfermé dans ce lieu par Généanet.
►RABEL (?- ?)
►TERRON DU CLAUSEL Jean († 1691) Avocat au parlement, associé de Chasteuil et Vanens, il possédauit une licence pour distiller, cde qi en faisait un comlice précieux pour Chasteuil et Vanens.  
►THURET Guillaume : cordonnier
►VAUTIER Denis : peintre à Paris
►8 au Fort Libéria à Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales)
https://www.tourisme-canigou.com/
Prison des dames au fort Liberia © Balu62
Seules huit femmes furent enfermées dans ce fort. Les noms de sept d’entre elles ont été retrouvés. La huitième, « X », pourrait être La Dusoulcy. Bien que cloîtrées dans des geôles souterraines, il semble que leur sort ait été un peu moins terrible que dans d’autres citadelles: par exemple, pour s’occuper, elles tissaient du lin qu’on vendait ensuite à la ville.Leur lieu de sépulture reste à déterminer.
 
►CHAPPELAIN Denise († 4 juin 1724 ou 1725)
►DE REFUGE
►DOUBLET
►DU SOULAGE
►DUSOULCY (?) : logeuse de La Chaboissière, blanchisseuse, maquerelle, avorteuse et empoisonneuse, arrêtée en avril 1678, et envoyée au fort début 1683.
►DUVAL
►GUESDON Anne († 15 août 1717)
Compromise en bonne place avec la Brinvilliers d’abord, puis avec La Voisin, elle fut d’abord enfermée à Fort-les-Bains, puis transférée au fort Libéria où elle mourut après trente-sis ans de captivité
►JACOB
►5 au Fort-des-Bains à Amelie-les-Bains (Pyrénées-Orientales)
© Office de tourisme d’Amélie-les-Bains
►GUESDON Anne y fut enfermée avant son transfert au fort Libéria.
►MARGOT : servante de La Voisin,.
C’est la citadelle dont les informations sur les prisonniers manquent cruellement. Sur leur nombre, un  aurait réussi à s'évader. On ignore également leur lieu de sépulture.
 
►BACHIMONT comte et comtesse de (après leur transfert de Besançon)
►VANENS Louis de
 


Lieu de détention non trouvé pour la Colignon, de la Duvivier et la Duclos, toutes trois mortes en 1686.
Cabinet à poisons de 1682 © Hermann Historica
Marie Bosse et Marie Vigoureux, avec lesquelles elle sous-traitait mais dont elle rétribuait très chichement les services, l’avaient dénoncée. Au cœur d'un immense réseau de « spécialistes », elle leur adressait ses clients en fonction de leur demande : conjurations, messes noires, diableries en tout genre, se réservant les empoisonnements qu'elle pratiquait en virtuose. Désignée comme une « diableresse » aux « faux enchantements » et comme une « ennemie mortelle du genre humain », elle se montra fort loquace devant la justice de ce bas monde, et donna des noms de confrères, consœurs et clients.
Jusqu’à son dernier souffle, elle resta terrifiante. Elle subit la torture des brodequins avant d’être conduite au bûcher : « Lorsque la charrette tourna l’angle de la rue, les badauds attroupés purent découvrir une femme au teint rougeaud, qui hurlait les pires impiétés, refusant avec violence le crucifix que lui tendait le confesseur, tout comme les prières que le pauvre homme s’évertuait à lui faire entendre et qu’elle repoussait par des injures (…). Elle rugit de toutes ses forces et cracha par terre dans un rire de démence qui glaça l’assistance. »
 
►MONVOISIN  Marie-Marguerite  (1658 - ?)
Fille de La Voisin, à l’exécution de cette dernière, délivrée de la frayeur qu’elle lui inspirait et n’ayant plus besoin de la protéger, arrêtée, elle relança l’affaire avec des accusations contre la marquise de Montespan. Outre avoir acheté des philtres et autres poudres de perlimpinpin pour rester dans les bonnes grâces amoureuses du roi,  la favorite royale aurait aussi participé à des messes noires. Elle parla de sacrifices d’enfants, d’une tentative d’assassinat de Louis XIV et impliqua tant de personnes de haut rang que celui-ci ordonna la clôture de l'enquête officielle. Françoise Filastre, Lesage et Etienne Guibourg confirmèrent ses déclarations. Expédiée et enfermée à vie au fort de Belle-Île, on ignore sa date de décès.
 
►RABEL (?- ?)
Charlatan alchimiste, il se disait médecin du roi. Il était l’inventeur de l’eau de Rabel,  mélange d'acide sulfurique alcoolisé ou dulcifié, huile ou esprit de vitriol dulcifié, gouttes acides toniques, mixture d’acide sulfurique. Expédié à la forteresse de Salses,  il fut libéré en 1686 sur ordre du roi, pour avoir dénoncé l’évasion de dix-huit prisonniers ; il  fut  le seul à sortir vivant de cet enfer. La condition de sa libération étant de ne plus revenir dans le royaume, il se réfugia à Avignon puis à Nice où il rencontra Saint-Mars gouverneur du donjon de Pignerol, près de Turin. Etonnamment, alors que Louvois et Louis XIV le savaient « fripon », il continua à bénéficier de la mansuétude du roi. On ignore sa date et son lieu de décès.
 
►ROMANI († 3 février 1730 )
Probablement inhumé dans le cimetière de la citadelle
Aventurier originaire de Grenoble, il avait fait tous les métiers avant d’échouer à la cour de Catherine Monvoisin dont il était supposé épouser la fille, Marie-Marguerite, avant qu’elle ne soit enceinte d’un autre homme. Alors sans travail, une de ses amies, Mme de la Bretesche, lui chercha une place dans les fermes du roi ou auprès de Mlle de Fontanges qu’elle connaissait par relations. Condamné à la réclusion à perpétuité et à la séquestration en 1682, il fut expédié à la forteresse de Besançon, où il resta enchaîné.  Mentionné encore vivant en 1714, il mourut après quarante-huit  ans d’emprisonnement, ce qui daterait son décès en 1730. Probablement inhumé dans le cimetière de la citadelle.
 
►VANENS Louis de (1647 – 1691)  
Fort de Saint-André de Salins (Jura)
En 1677, environ un an après la mort de La Brinvilliers, un billet sans signature, trouvé dans un confessionnal de l’église des jésuites de la rue Saint-Antoine, et portant qu’il existait un projet d’empoisonner le roi et le dauphin, amena à Louis de Vanens. Chevalier, officier réformé, originaire d'Arles, une perquisition faite dans son appartement fit découvrir une énorme quantité de poudres et liquides suspects. Alchimiste et faux-monnayeur, il  recherchait le secret de la pierre philosophale pour transformer le métal en or ou en argent. Associé à d’autres individus, dont Chasteuil, le groupe semble être parvenu à des résultats puisqu’un lingot d’argent, par l’intermédiaire du banquier Cadelan, fut porté à la Monnaie de Paris qui l’accepta sans difficulté.
Escroc, il vendait des mélanges pour prolonger l'amour, affecter les mariages et retrouver des trésors perdus. Mais  il pratiquait aussi  le commerce de poisons. Arrêté et emprisonné à la Bastille, bien que lié à de nombreux accusés, aucune charge n’étant portée contre lui, par manque de preuves, il y resta plusieurs années sans qu’on puisse l’incriminer dans l’affaire des poisons.  Le soupçon qu'il soit mêlé avec Chasteuil et les Bachimont à l’empoisonnement supposé de Charles Emmanuel II, duc de Savoie,  ne fut pas mentionné car estimé trop sensible. Jugé en avril 1682, il est alors décrit comme atteint mentalement. D’abord condamné aux galères, la crainte qu'il parlât  de l’affaire du duc de Savoie fit  commuer sa peine en réclusion à perpétuité fort de Saint-André de Salins où il mourut.
 
►VIGOUREUX,  Marie Vaudon, dite la  (v. 1639 – 9 mai 1679)
D’abord nourrice pour plusieurs membres de l'aristocratie, elle se fit  diseuse de bonne aventure et connut le succès. Spécialisée  dans la lecture de palmiers, elle se produisait lors de fêtes organisées par la noblesse. A la fin de 1678, lors d’une fête, elle entendit Marie Bosse, avec laquelle elle était étroitement liée, raconter qu’elle était une empoisonneuse professionnelle. Le 4 janvier 1679, elle fut arrêtée en même temps que Marie Bosse. Elles étaient les premières, et furent les clés de l’affaire des poisons. Son témoignage conduisit à l’arrestation de La Voisin, au détail de l’organisation et à une liste  d’autres empoisonneurs et de clients. Ce fut le grand déballage. Condamnée à être brûlée vive, elle mourut sous la torture. Et ensuite ? Le même jour, sa complice, Marie Bosse était menée au bûcher place de Grève. La dépouille de la Vigoureux y fut-elle déposée comme pour les pendus de l'affaire ?
 



Sources principales :
 
D’abord tous mes plus chaleureux remerciements à Mme Hermine Chapron, Mme Nona Banet, M. Bruno Corteel qui, avec beaucoup de gentillesse, m’ont apporté des réponses sur les citadelles de Besançon, Belle-Île et Saint-André de Salins.
 
-Archives de la Bastille (8LA 29 26) Tome quatre (1868) Règne de Louis XIV (1663 à 1678)
-Une ombre sur le Roi-Soleil par Claude Quétel -Ed. Larousse (2007)
-De la Manière de poursuivre les crimes dans les différens (sic) tribunaux du royaume avec les lois criminelles – Tome second (1739)
-La marquise de Brinvilliers, empoisonneuse  par Etienne Grill (1957)
-Leçons et modèles d’éloquence judicaire par M. Berryer (1838) p. 132-133  
-La Reynie :  le policier de Louis XIV par Eric Le Nabour -Ed. Perrin (1990)
-Registres paroissiaux de Saint-Eustache 1530-1792 AD-75
-Revue des deux mondes : La Chambre de l’arsenal d’après des documents inédits (1679-1682) par Pierre Clément (1864)
-Ministère de la Justice : Série « les grands procès de l’histoire » (20 juillet 2012)
-Historia : La Voisin, la sorcière mal-aimée-Article en ligne par Joëlle Chevé (mars-avril 2015)
https://www.historia.fr/la-voisin-la-sorci%C3%A8re-mal-aim%C3%A9e
-Article de revue : L'affaire du quiétisme. I. Témoignage de l'abbé Pirot par M. de Cambray et Ch. Urbain -Revue d'Histoire littéraire de la France (1896) -Ed  Presses Universitaires de France p.409-434
-Le drame des poisons par Frantz Funck-Brentano -Ed. Hachette (1913)
-https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36729060v
-https://www.humanite.fr/node/439133
-https://www.valeursactuelles.com/histoire/letrange-affaire-des-poisons-26762
-http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Dreux_d_Aubray.pdf
-http://histoires-du-roussillon.eklablog.com/l-affaire-des-poisons-c25466486
(*) commentaire(s)
21 octobre 2020
►BACHIMONT Robert et Marie de la Miré, comte et comtesse de ( ?- ?)
Saint-André de Salins (Jura)
En 1677, environ un an après la mort de La Brinvilliers, un billet sans signature, trouvé dans un confessionnal de l’église des jésuites de la rue Saint-Antoine, et portant qu’il existait un projet d’empoisonner le roi et le dauphin, inquiéta vivement La Reynie. D’actives recherches amenèrent à Robert de la Mirée, seigneur de Bachimont en Artois. Arrêté à Lyon le 17 mai 1678 et emprisonné à Pierre Scize avec son épouse, pour leurs liens avec Vanens, ils affirmèrent avoir vu celui-ci transformer le métal en or. Ils avouèrent l’avoir accompagné rencontrer Chasteuil à Turin pour acquérir un ingrédient alchimique. Soupçonnés d’avoir empoisonné Charles Emmanuel II, duc de Savoie, décédé deux jours après leur départ de Turin, ils y seraient revenus une seconde fois pour toucher leur récompense de 25000 livres. Le comte avait l’habitude de distiller pour Vanens : on trouva chez lui tout un arsenal de distillation, alambics, cornues, chaudrons, tubes en verre, produits chimiques et drogues. Envoyés en 1679 à la citadelle de Besançon, où ils était emprisonnés séparément, les Bachimont furent ensuite transférés à celle de Saint-André-de-Salins en 1683 où, cette fois réunis, ils finirent leurs jours.
En prison, ils se rendaient insupportables par leurs « crieries » et qui leur est arrivé de jeter par les fenêtres « des paquets écrits sur de la toile » Leurs dates de décès sont inconnues.
 
►BOSSE Marie († 9 mai 1679)
Brûlée vive et cendres dispersées
Femme de François Mulpe, condamné aux galères pour fausse monnaie et qui disparut par la suite sans laisser de traces, elle était une devineresse réputée dans Paris. Fin 1678, lors d’une fête, le vin aidant , elle se vanta de faire fortune avec une clientèle qui lui achetait des poisons. Si tout le monde prit cette déclaration pour celle d’une femme avinée, un avocat, maître Perrin, nota le propos qu’il rapporta le lendemain à son ami, le capitaine-exempt Desgrez, qui en référa à son supérieur, La Reynie. On lui tendit un piège dans lequel elle tomba.Arrêtée le 4 janvier 1679, sans avoir encore subi la torture, elle déballa beaucoup, citant Catherine Monvoisin « qui lui mit la chimie dans la tête », et bien d’autres, la liste de cessant de s’allonger. Ses aveux, et ceux de La Vigoureux, amenèrent à l’arrestation de la figure centrale de ce commerce de poison, La Voisin. Elle avoua que, devineresse et empoisonneuse, elle faisait également dire des messes vouées à faciliter les mariages et les décès. « Plusieurs jours de torture systématique avaient fait de son corps une épave. Ses jambes ne la portaient plus. Ses cheveux avaient été rasés, les procureurs de la Chambre ardente […] ayant un temps hésité entre la décapitation simple, la pendaison ou la purification par le feu […].» Elle fut « purifiée » dans le brasier en place de Grève.
 
►CHAPPELAIN Denise (4 juin 1724 ou 1725)
Fort Libéria à Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales)
Femme d’un gagne-deniers en foin, prophétesse, magicienne, avorteuse, empoisonneuse elle organisatrice de messes sacrilèges, une perquisition fit découvrir des « objets forts suspects ».
Expédiée et enfermée au fort Libéria, dont elle était, avec La Guesdon, un peu la « vedette » de l’affaire des poisons, elle y mourut après quarante-deux ans, ou quarante-trois selon les sources, de captivité.
En signalant son décès, l’Intendant du Roussillon s’exprima ainsi  : « C’est une pensionnaire en moins pour le Roi ». Difficile de faire plus concis comme oraison funèbre…
 
►CŒURET Adam, dit Dubuisson, dit LESAGE († 1683)
Probablement le cimetière de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste à Besançon (Doubs)
Originaire de Normandie, il était marchand de laine, mais avait compris qu’il pouvait tirer meilleur parti de ses compétences de magicien réputé et d’escroc de talent. Amant de La Voisin, il fut arrêté une première fois en 1668 pour crime « de sorcellerie et de pratiques dangereuses »,  et passa quatre ans aux galères. Il ramait du côté de Gênes quand une grâce royale l’autorisa à regagner Paris. Qui lui rendit ce bon office ? Peut-être une relation de La Voisin. Il reprit de plus belle sa profession de magicien, où il acquit promptement un renom extraordinaire. « Mal bâti, » le visage sournois, le chef couvert d’une grosse « perruque roussâtre, » ordinairement vêtu de gris, « avec un manteau de bourracan, » Lesage ne payait guère de mine. Mais c’était un coquin rusé, hardi, fertile en inventions, doué d’une faconde de charlatan, d’une ingéniosité subtile, d’un aplomb effronté que rien ne démontait. Il y fallait joindre un « art d’escamoteur » assez rare de son temps, une preste légèreté de doigts, une habileté dans « les tours de souplesse, » qui stupéfiaient ses dupes et en imposaient même à quelques-uns de ses confrères. La Voisin faisait souvent appel ces précieuses facultés, et l’employait aussi dans des parodies sacrilèges : pour ces cérémonies, il portait une « longue jupe noire, » recouverte d’une chemise blanche,   se ceignait d’une ceinture « de la même manière que font les prêtres. » Accoutré de la sorte, il récitait les formules de la messe ; une table lui servait d’autel, un gobelet à boire de calice. Les fidèles de ce culte, à la fois grotesque et impie, recevaient dévotement le pain consacré par ses mains, et buvaient l’eau bénite par lui « transformée en liqueur, » à laquelle ils trouvaient « un goût extrêmement agréable »… Expédié dans la forteresse de Besançon en 1682, où, incorrigible, il continua à faire l’important auprès du commandant de la place auquel il se vantait de posséder des secrets qui regardaient le roi,  il y mourut l’année suivante.
 
►CHASTEUIL François Galaup de (1625 - ?)
Turin (Italie) ?
Issu d’une bonne famille du Languedoc, frère du poète  Pierre Chasteuil, docteur en droit, chevalier de Malte, il eut une vie agitée : capitaine des gardes du Grand Condé pendant la Fronde, il avait armé un vaisseau et fait la course contre les musulmans qui le firent prisonnier. Libéré au bout de deux ans, il entra chez les Carmes de Marseille. Son vœu de chasteté lui pesant, il introduisit dans le couvent sa maîtresse qu’il étrangla, car elle était enceinte, et enterra sous les dalles de l’église. Mais vu par des pèlerins attardé qui le dénoncèrent, il fut arrêté et condamné à mort. Il allait être pendu quand, au pied du gibet, survint Louis de Vanens, avec plusieurs soldats. Délivré, il se réfugia à Nice et, en récompense, enseigna à son sauveur et ami un secret qu’il prétendait avoir découvert :  la transmutation du cuivre en argent et du mercure en or.  A Paris, les deux hommes se lièrent à Montemayor, Rabel, Cadelan et Terron. Le groupe semble être parvenu à des résultats puisqu’un lingot d’argent fut porté à la Monnaie de Paris qui l’accepta sans difficulté.  Egalement appelé l’Inconnu, l’Auteur, le Chevalier, Blanchart, ou Boineau,  il s’occupait aussi de magie et faisait commerce de poisons avec ses acolytes. Il serait mort à Turin où il possédait une résidence. En effet, il était entré au service du duc de Savoie, et, chose presque incroyable, était devenu major aux gardes et gouverneur du prince de Piémont.
 
►DAVOT abbé († 9 juillet 1681)
Brûlé et cendres dispersées
Ami de Lesage, prêtre dévoyé qui officiait à Bonne-Nouvelle, il bénissait les branches de coudrier avec lesquelles on faisait la verge d'Aaron. Cette baguette passait pour posséder une étrange vertu : il suffisait qu'une femme en touchât le lit où couchait d'ordinaire l'homme qu'elle voulait séduire ou épouser pour qu'il devint aussitôt épris d'elle. Si ce moyen ne réussissait pas, elle mêlait à ses aliments la poudre d'une hostie consacrée sur laquelle son nom et celui de l'objet de ses vœux avaient été préalablement tracés. C'étaient là des jongleries qui n'excédaient pas les bornes ordinaires de l'escroquerie, mais d’escroc, Davot devint complice de La Voisin, qui fréquentait aussi l'église Bonne-Nouvelle,  et spécialiste des messe noires. Arrêté en novembre 1679, il fut pendu puis brûlé en place de Grève.
 
►DELAPORTE Marguerite (1610 – ?)
Fort de Belle-Île (Morbihan)
Veuve d'un boulanger et devineresse, elle prétendait voir des visions dans un verre d'eau après l'avoir préparé avec des sorts. Désignée comme cliente de l’empoisonneur maître Pierre, elle affirma que lorsqu'un client lui demandait de prédire la mort de son conjoint, elle répondait toujours que c'était entre les mains de Dieu… La Voisin la dénonça comme ayant participé à des messes noires. Elle fut envoyée au fort de Belle-Île où elle finit ses jours.
 
►FILASTRE Françoise (1640 – 1er ou début octobre 1680)
Brûlée vive et cendres dispersées
Ancienne femme de chambre de La Chappelain, elle en devint sa principale complice comme devineresse, avorteuse et empoisonneuse. Le 30 septembre 1680, la Chambre ardente, agissant sur la base des preuves fournies, la condamna à mort, avant de la soumettre à «la question ordinaire et extraordinaire» le lendemain, 1er octobre.  Elle avoua avoir participé à des messes noires avec sacrifices d’enfants, et autres diableries. Elle confirma les accusations de la fille Monvoisin concernant Mme de Montespan sur le fait que celle-ci avait voulu empoisonner Mlle de Fontanges. Sur ce dernier point, elle se rétracta : «  Je ne l’ai fait que pour me libérer de la peine et de la douleur des tourments et dans la crainte qu’on me rappliquât la question. Je vous dis tout cela car je ne veux pas mourir la conscience chargée d’un mensonge .»  Après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame, elle fut brûlée vive en place de Grève. Ses cendres furent ensuite dispersées.
 
►GUIBOURG Etienne (v. 1610 – janvier 1686)
Probablement le cimetière de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste à Besançon (Doubs)
Prêtre, malgré sa fonction, il garda une maîtresse à long terme, Jeanne Chanfrain, avec laquelle il eut plusieurs enfants. Défroqué, magicien,  il était aussi réputé pour ses connaissances en chimie, notamment pour sa concoction du Avium rifus, un poison qui, consommé à grandes doses, provoquait la mort par le rire.
Complice de La Voisin, personnage incontournable de l’affaire des poisons, il fut arrêté en juin 1680, et emprisonné à Vincennes. Il  confirma les accusations de la fille Monvoisin et de la Filastre portées contre Mme de Montespan : il  affirma avoir dit trois messes noires, dont il était spécialiste,  sur le corps nu de la favorite avec, à chaque fois, un sacrifice d’enfant. Il témoigna d'un dessein de complot d'empoisonnement contre Jean-Baptiste Colbert : il aurait donné du poison à un dénommé Damy, chargé de l'empoisonnement, etc. Condamné à la réclusion à perpétuité et à la séquestration, il fut expédié à la citadelle de Besançon  en 1682, où il mourut un peu plus de trois ans plus tard.
 
►LA GRANGE Madeleine de (v. 1638 – 8 février 1679)
Pendue, puis brulée et cendres dispersées
Elle  venait de perdre son époux, Robert Minet, sieur de La Grange, receveur des aides et gabelles en Anjou et pendu pour recel d’objets dérobés dans  l’abbaye de Marolles en Hainaut. Elle aimait le luxe, les belles tenues et les bijoux, et pour maintenir son train de vie, elle se mit en ménage avec un vieil et très riche avocat, maître Jean Faurie. Au bout de huit ans de vie conjugale, l’avocat se lassa de sa maîtresse qui en demandait toujours plus. Il n’eut pas le temps de la quitter : il mourut brutalement. Sa maîtresse n’était-elle pas « artiste en poisons » ?
Quand son frère unique et seul héritier présomptif  arriva à Paris pour demander son héritage, Madeleine, en grand deuil, lui montra un contrat de mariage en prétendant être la veuve du défunt (L'abbé Léonard Nail, son amant, s'est fait passer pour Jean Faurie auprès du notaire et, comme prêtre, avait signé le faux contrat de mariage). Le défunt étant un célibataire endurci qui avait juré de ne jamais se marier, son frère soupçonna l’arnaque et porta plainte au Châtelet :  Madeleine et son complice furent arrêtés (1677). L’enquête révéla que le commerce de poisons et d’ horoscopes constituaient le principal des activités de la dame. Pressentant sa condamnation à mort, Madeleine tenta de gagner du temps en parlant d’un complot visant à assassiner Louis XIV et son fils le Dauphin. Le roi donna l’ordre de la faire transférer à la Bastille pour mieux l’interroger sur ses connaissances du complot.  Se disant devineresse, elle soutenait pouvoir  prévoir ce qui se passerait si on la laissait libre de ses mouvements, voire si on la libérait... Selon La Reynie, elle était « la première à en enseigner l'usage et à mettre les armes à la main à différentes personnes qui ne se portèrent à bien des crimes que par la facilité qu'elles se trouvaient de les commettre ». Elle aurait dû subir la question de l'eau mais par le grand froid qu'il y régnait l'eau se serait gelée et on n'aurait pu lui  faire avaler… A défaut, elle endura à plusieurs reprises le supplice des brodequins, en se disant toujours innocente. Pendue en place de Grève son corps fut ensuite brûlé et ses cendres dispersées.
 
►MONVOISIN Catherine Deshayes, épouse (v. 1640 – 22 février 1680)
Brûlée vive puis cendres dispersées
De son époux volage, ce dont elle s’accommodait, elle eut trois enfants. Lorsque Brinvilliers introduisit dans sa maison le beau Jean-Baptiste Godin de Sainte-Croix, Marie-Madeleine en devint la maîtresse passionnément amoureuse.
Dépensant sans compter pour satisfaire ses goûts de luxe et pour son amant, se lançant dans des placements aventureux conseillés par Louis Pierre de Pennautier, elle vécut ses plus brillantes années. De son côté, Brinvilliers, joueur invétéré entretenant plusieurs maîtresses, altérait aussi la fortune familiale. Tout aurait pu continuer ainsi longtemps si, alerté d’une ruine prochaine de sa fille,  en mettant le nez dans les affaires de celle-ci, Antoine d'Aubray, n’avait pas découvert l’existence de l’amant  qu’il fit embastiller par lettre de cachet en mars 1663. Marie-Madeleine était d’autant plus  folle de rage contre son père, que tout Paris était au courant. Et Marie-Madeleine de basculer et d’entrer dans l’histoire.
 
Déjà formé à la composition des poisons par l’apothicaire Christophe Glaser, en prison Sainte-Croix rencontra Exili, alchimiste réputé, qui lui aurait enseigné d’autres secrets du genre. Libéré le 2 mai, les deux amants se retrouvèrent. Initiée à l’art du poison, la marquise, afin de faire disparaître les obstacles à sa liaison et de percevoir seule l'héritage parental, empoisonna successivement son père puis ses deux frères, Antoine et François  à cinq mois d’intervalle. Malheureusement une fois de plus, elle n'héritait de rien. Ruinée, elle se retira au village de Picpus.
Escroc et maître-chanteur, Sainte-Croix conservait dans une cassette les preuves des crimes de sa maîtresse dont il s’était éloigné :  reconnaissances de dettes, lettres d'amour, mais surtout plusieurs fioles de poison et une lettre accusatrice. A sa mort, aussi brusque que naturelle, malgré tous ses efforts, la marquise, affolée, ne put récupérer la cassette au contenu si compromettant mais que découvrirent les autorités. Quasiment sans le sou, pour échapper à la justice, Marie-Madeleine s’enfuit à Londres. Recherchée depuis 1672, son errance prit fin le 25 mars 1675, dans un couvent de Liège.
Conduite, sous escorte, à Maëstricht, où elle arriva le 29 mars, elle y fut enfermée et gardée à vue dans la maison de ville. Elle essaya de se suicider, de corrompre Barbier,  un archer de garde, pour l’aider à s’enfuir.
 
Le 26 avril 1676, Mme de Brinvilliers était écrouée à la Conciergerie le jour même de son arrivée à Paris. Toujours sous la garde de Barbier, elle ne cessait de lui confier des lettres que celui-ci disait porter à leur adresse et remettait en fait aux magistrats.
Le 13 juillet, confrontée à l'effroyable déposition de Briancourt, précepteur de ses enfant quelques mois, la marquise pouvait se considérer perdue.  Me Nivelle, à qui incombait la lourde tâche de présenter la défense de l'accusée, s'en acquitta en efforçant de gagner un peu de sympathie, ou du moins de pitié, à sa cliente..
Le 15 juillet, elle  parut pour la dernière fois devant ses juges, sur la sellette. Au cours de ce long interrogatoire, elle ne se démentit pas un instant. Elle nia tout : elle ne savait ce que c'était que poison et antidote ; sa prétendue confession, faite au préalable,  n’était que pure folie.
 
Mais le lendemain, après de longs entretiens avec l’abbé Pirot, qui avait réussi à courbé ce caractère de fer, elle fit une déclaration nette et complète des crimes de sa vie.
Bien qu’ayant avoué, elle subit la torture. Puis, après avoir pu prier dans la chapelle de la Conciergerie, commença le parcours vers son supplice. Elle se heurta d’abord à une cinquantaine de personne de condition qui se bousculaient pour la voir. Elle marchait pieds nus, vêtue de la chemise en grosse toile des condamnés, tenant d'une main le cierge des pénitents, et de l'autre un crucifix.  
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-Abbaye St-Antoine-des-Champs (75) (disparue)
-Abbaye et église St-Germain-des-Prés (75)
-Abbaye St-Victor (75) (disparue)
-Abbaye St-Yved de Braine (02)
-Abbaye Ste-Geneviève (75)
-Abbaye du Val-de-Grâce (75)
 
-Basilique St-Denis (93)
-Basilique St-Pierre de Rome
-Basilique St-Remi de Reims (51)
-Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem (Israël)
 
-Catacombes de Paris
-Catacombes de Rome
 
-Cathédrale Notre-Dame (75)
 
-Chapelle Royale de Dreux (28)
-Chapelle de la Sorbonne (75)
-Chapelle des Incurables (75)
-Chapelle St-Aignan (75)
-Chapelle St Peter-ad-Vincula, (Tour de Londres)
 
-Chartreuse de Gaillon-lez-Bourbon (27) (disparue)
 
-Cimetière de Bonsecours (76)
-Cimetière du Calvaire (75)
-Cimetière de Clamart (75)
(disparu)
-Cimetière des chiens d'Asnières (92)
-Cimetière des enfants de Pen-Bron (44)
-Cimetière des Errancis (75)
-Cimetière "des fous" d'Evreux (27)
-Cimetière des Innocents (75) (disparu)
-Cimetière des Invalides (Invalidenfriedhof) Berlin
-Cimetière de la Madeleine
(ancien cimetière révolutionnaire)
-Cimetière du Mont Herzl à Jérusalem (Israël)
-Cimetières parisiens (subtilités)
-Cimetière parisien d'Ivry (94)
-Cimetière parisien de Vaugirard (disparu)
-Cimetière de Picpus (75)
-Cimetières protestants
-Cimetière St-André-des-Arts (75) (disparu)
-Cimetières St-Benoît (75) (disparus)
-Cimetière St-Denis-du-Pas (75) (disparu)
-Cimetière St-Etienne-du-Mont (75) (disparu)
-Cimetières de St-Eustache (75) (disparus)
-Cimetière St-Germain-l'Auxerrois (75) (disparu)
-Cimetière St-Gervais (75)
(disparu)
- Cimetière St-Jacques-du-Pas (75) (disparu)
-Cimetière St-Jean-en-Grève (75) (disparu)
-Cimetière St-Landry (75) (disparu)
-Cimetière St-Laurent (75) (disparu)
-Cimetière St-Marcel (75)
(disparu)
-Cimetière St-Médard (75)
(disparu)
-Cimetière St-Nicolas-des-Champs (75) (disparu)
-Cimetière St-Nicolas-du-Chardonnet (75) (disparu)
-Cimetière St-Paul-des-Champs (75) (disparu)
-Cimetières St-Roch (75) (disparus)
-Cimetière St-Sulpice (75)
(disparu)
-Cimetière de la Salpêtrière (75) (disparu)
-Cimetière de Sapanta (Roumanie)
-Cimetière St-Sauveur (75) (disparu)
Cimetière et charniers St-Séverin (75)
Cimetière Ste-Catherine (75)
(disparu)
-Cimetière Ste-Marguerite (75)
 
-Collège de Beauvais ou de Dormans (75)
 
-Collégiale St-Georges de Vendôme (41) (disparue)
-Collégiale St-Laurent de Joinville (52) (disparue)
-Collégiale St-Martin de Montmorency  (95)
 
-Colonne de Juillet (75)
 
-Couvent de l'Ave Maria (75) (disparu)
-Couvent des Augustins-Déchaussés (75) (disparu)
-Couvent des Blancs-Manteaux (75) (disparu)
-Couvent des Capucins de la rue St-Honoré (75) (disparu)
-Couvent des Capucines (75)
(disparu)
-Couvent des Carmélites de la rue St-Jacques (75) (disparu)
-Couvent des Carmes-Billettes (75)
-Couvent des Carmes-Déchaussés (75)
-Couvent des Célestins (75) (disparu)
-Couvent des chanoinesses de Picpus (75)
-Couvent des Cordeliers de Nancy (54)
-Couvent des Cordeliers (75)
(disparu)
-Couvent des Chartreux de Vauvert  (75) (disparu)
-Couvent des Feuillants du Fg St-Honoré (75) (disparu)
-Couvent des Grands-Augustins (75) (disparu)
-Couvent des Grands Carmes ou Carmes Barrés ou Carmes Maubert (75)  (disparu)
- Couvent des Jacobins réformés de la rue Saint-Honoré (75) (disparu)
-Couvent des  Jacobins de la rue Saint-Jacques (75) (disparu)
-Couvent des Minimes de Chaillot (75) (disparu)
-Couvent des Minimes de la place Royale (75) (disparu)
-Couvent des Pénitents du Tiers-Ordre de St-François ou Pénitents de Picpus (75)
(disparu)
Couvent des Petits-Augustins (75)
-Couvent des Récollets (75)
-Couvent des Théatins (Paris) (disparu)
-Couvent de la Visitation Ste-Marie (75)
-Crypte impériale des Capucins de Vienne (Autriche)
 
-Eglise du Dôme des Invalides (75)
-Eglise de La Madeleine (75)
-Eglise La Madeleine-de-la-Cité (75) (disparue)
-Eglise Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux (75)
-Eglise St-Barthélemy (75) (disparue)
-Eglise St-Benoît, la bien tournée (75) (disparue)
-Eglise St-Christophe (75) (disparue)
-Eglise et cimetière St-Côme-et-St-Damien (75) (disparus)
-Eglise St-Denis-de-la-Chartre (75) (disparue)
-Eglise St-Denis-du-Pas (75) (disparue)
-Eglise St-Eloi (75) (disparue)
-Eglise St-Etienne (75) (disparue)
-Eglise St-Etienne-du-Mont (75)
-Eglise St-Eustache (75)
-Eglise St-Germain-l'Auxerrois (75)
-Eglise St-Germain-le-Vieux (75) (disparue)
-Eglise St-Gervais-St-Protais (75)
-Eglise St-Hippolyte (75) (disparue)
-Eglise St-Jacques-de-la-Boucherie (75)
- Eglise St-Jacques-du-Haut-Pas (75)
-Eglise St-Jean-en-Grève (75)
(disparue)
-Eglise St-Jean-le-Rond (75) (disparue)
-Eglise St-Julien-des-Ménétriers (75) (disparue)
-Eglise St-Julien-le-Pauvre (75)
-Eglise St-Landry (75) (disparue)
-Eglise St-Laurent (75)
-Eglise St-Leu-St-Gilles (75)
-Eglise (cathédrale) St-Louis-des-Invalides (75)
-Eglise St-Louis-du-Louvre (75) (disparue)
-Eglise et cimetière (disparu) St-Louis-en-l'Île (75)
-Eglise St-Marcel (75) (disparue)
-Eglise St-Martial (75) (disparue)
-Eglise St-Médard (75)
-Eglise St-Merry (75)
-Eglise St-Nicolas-du-Chardonnet (75)
-Eglise St-Nicolas-des-Champs (75)
-Eglise St-Nicolas-du-Louvre (75) (disparue)
-Eglise St-Paul-des-Champs (75) (disparue)
-Eglise St-Paul-St-Louis (75)
(ancien couvent des Jésuites)
-Eglise St-Pierre-aux-Arcis (75) (disparue)
-Eglise St-Pierre-aux-Boeufs (75) (disparue)
-Eglise St-Pierre-de-Montmartre
-Eglise St-Roch (75)
-Eglise St-Sauveur (75) disparue
-Eglise St-Séverin (75)
-Eglise St-Sulpice (75)
-Eglise St-Symphorien et St-Luc (75) (disparue)
-Eglise St-Thomas-du-Louvre (75) (disparue)
-Eglise Ste-Croix (75) (disparue)
-Eglise Ste-Geneviève-des-Ardents (75) (disparue)
-Eglise Ste-Marine (75) (disparue)
-Eglises et cimetières de l'île de la Cité (75) (disparus)
 
-Grottes vaticanes
 
-Hospice des Enfants-Rouges (75) (disparu)
-Hospice des Enfants-Trouvés (75) (disparu)
-Hospice des Quinze-Vingts St-Honoré (75) (disparu)
 
-Mausolée d'Auguste à Rome
-Mausolée d'Hadrien à Rome
-Mausolée de Mausole à
Halicarnasse (Bodrum) Turquie (disparu)
-Mémorial du Mt-Valérien (92)
 
-Noviciat de l'Oratoire (75)
 
-Oratoire St-Honoré ou du Louvre (75)
 
-Panthéon de Paris
-Panthéon de Rome (Italie)
-POMPES FUNÈBRES, AUTREFOIS et leurs métiers disparus
-Prieuré St-Martin-des-Champs (actuel CNAM) (75)
-Prieuré Ste-Catherine-du-Val-des-Ecoliers (75) (disparu)
-Prieuré Ste-Croix-de-la-Bretonnerie (75) (disparu)
 
-SAINTE-CHAPELLE DU PALAIS (75)
 
-SÉPULTURES DES BOURBONS
-SÉPULTURES DES ROIS D’ANGLETERRE (dynastie Anglo-saxonne)
-SÉPULTURES DES ROIS ET DUCS DE BRETAGNE
-SÉPULTURES DES ROIS D'ESPAGNE
-SÉPULTURES DES ROIS DE FRANCE ET DES EMPEREURS (résumé)
-SUPPLICIÉS Lieux d'inhumations
 
-Temple (enclos, église et cimetière du) (75) (disparus)
Dernière mise à jour
au 2 décembre 2020
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