Chaque baillage possédait son bourreau officiant en fonction des décisions de justice locales. Ce n’est qu’en 1674, avec la dissolution des Hautes seigneuries par Louis XIV, que la justice fut uniformisée dans le royaume.
Jusqu’environ la moitié du 18ème siècle, les exécutions étaient hiérarchisées en fonction de l’extraction sociale du futur supplicié : le noble était décapité d’où la peine d’infamie supplémentaire à la sanction s’il était condamné, par exemple, à la pendaison. D’une façon générale, pour le quidam ordinaire le supplice dépendait du crime : le voleur de grand chemin était roué en place publique, le régicide et le criminel d’Etat étaient écartelés, le faux-monnayeur bouilli vif dans un chaudron, l’hérétique brûlé vif, le domestique voleur de ses maîtres pendu, etc.
 
Dans la longue histoire des bourreaux, la fin du 18ème siècle marqua une cassure que symbolisa la guillotine qui, à sa façon, répondait à  un sentiment de malaise et à l’embarrassante question des peines capitales. En 1748, dans L’Esprit des Lois, Montesquieu soulignait  au passage les deux erreurs qui, en matière de jugements criminels, révoltaient l’opinion : l’inégalité et la cruauté. Dorénavant, les peines anciennes paraissaient barbares.
L’exécution de Jean Callas, en mars 1762, condamné par le parlement de Toulouse, fut l’occasion de la première manifestation  d’une opposition nettement affirmée. Voltaire faisait lui aussi feu de tout bois sur le sujet. En 1764, un milanais, le marquis César Beccaria, publiait son Traité des Délits et  des Peines dans lequel il faisait le procès de la cruauté et concluait : « Pour qu’une peine ne soit pas une violence d’un seul ou de plusieurs contre un citoyen elle doit être publique, prompte, nécessaire, la moindre qui soit possible dans les circonstances données […] ».
Cet ouvrage eut  un  retentissement et une influence énormes. Sans atteindre le même enthousiasme qu’ailleurs,  les milieux judiciaires français furent touchés à leur tour.  A ce titre je  ne peux résister au plaisir  de citer le début d’un mémoire écrit par un procureur du Châtelet : «  Etre utile à ses citoyens, officieux envers des compatriotes, c’est un devoir ; trouver les occasions de leur offrir, de leur donner  ces secours que l’humanité elle-même sollicite , c’est un bonheur ; c’est la jouissance la plus pure qu’un cœur sensible puisse éprouver .» Quand on sait que ce texte est signé de Fouquier-Tinville, on se prend à penser qu’il fut, par la suite, victime d’une sérieuse crise d’amnésie…
 
Néanmoins, si les Lumières commençaient à éclairer tant les cruautés que  les irrégularités et les erreurs judiciaires, certains continuaient à préférer pendre, rouer ou brûler vif un innocent sous prétexte de l’infaillibilité de la justice.
De multiples affaires vinrent alimenter le débat de la réforme judiciaire jusqu’en 1789. Cependant, si tout le monde était avide de fraternité humaine, de raison et de justice, personne ne songeait sérieusement à abolir la peine de mort.
C’est dans ce contexte que la guillotine, égalitaire et plus humaine,  fut adoptée par décret du 25 septembre 1791 : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » En huit mots, le sort des condamnés à mort  était dorénavant fixé. Il en fut ainsi jusqu’à l'abolition de la peine de mort en 1981.
Aux bourreaux et à leurs aides d’apprendre parfaitement le fonctionnement de la machine  qui était confiée à leurs soins. Pour faire court,  le métier se simplifia et se spécialisa techniquement.
 
Par décret du 13 juin 1793, le nombre de bourreaux se réduisit à un par département.  
En 1832, le nombre de crimes passibles de la peine de mort ayant été réduit, cela entraîna inévitablement une diminution du nombre des « exécuteurs des arrêts de justice criminelle et de leurs aides ». La même année, une loi supprima définitivement la marque et l’amputation du poing pour les parricides. Bien qu'abolie par la Convention, l'Empire l'avait rétabli cette peine.  
Enfin, un décret de novembre 1870 limita leur nombre à trois : un pour la métropole, un pour la Corse et un pour l’Algérie.
 
La profession compta des noms et des dynasties célèbres qui officièrent tant en province qu’à Paris ou en Île de France.  Si la plupart de ces noms et dynasties a sombré dans l’oubli, une lignée  au moins a survécu dans la mémoire collective, les Sanson. A cela une bonne raison : la transmission de la charge qui se fit sur six générations, d’où une fonction où ils se maintinrent  à Paris de 1688 à 1847, leur permit  d’inscrire leur nom, non seulement dans les pages des plus célèbres exécutions, mais aussi dans celles de l’histoire de France à la Révolution.  
Les autres lignées sont pour la plupart toutes aussi impressionnantes par leur longévité. Malheureusement, dans l'ombre des Sanson sur lesquels l'attention s'est principalement focalisée, elles sont beaucoup moins bien renseignées, voire pas du tout. Bien qu'officiant en province, on trouve le nom de certains de les membres venus en renfort à Paris comme aide-bourreaux, notamment à la Révolution. Sans en faire un inventaire exhaustif, parmi ces dynasties provinciales :  les Jouënne, les Desmorets, les Férey, les Deibler, les Grosholtz dans l'est, etc.
Il faut aussi souligner avec insistance l’extraordinaire série de mariages consanguins entre les Jouënne, les Férey et les Desmorets rendant quasi indémêlable leur arbre généalogique.
 

Où furent-ils inhumés ?
On peut penser que leur particularisme sociétal régissait également leurs lieux de sépultures, au moins sous  l’Ancien Régime.  Il semble que ce fut le cas à l’époque médiévale. Mais, malgré mes recherches,  à l’exception de termes laissant sous-entendre qu’une terre consacrée leur était interdite, je n’ai trouvé aucun exemple précis dans les documents à ma disposition qui sont peut-être trop limités  pour y trouver ce type de détail.  Une chose est certaine, si cela fut le cas, les mentalités évoluèrent. A sa mort, en 1707, Charles I Sanson, premier de la lignée d’exécuteurs, fut bel et bien inhumé dans une église,  et il ne faisait probablement pas figure de pionnier.
Bref, à une époque que je n’ai pu déterminer,  les bourreaux furent inhumés comme n’importe quel quidam dans une église ou dans un cimetière. Certains le furent même en grande pompe,  tel Charles II Sanson en l’église parisienne Saint-Laurent (1726).
 
Cet article n’a jamais eu l’ambition de dresser l’inventaire des sépultures des exécuteurs essaimées dans toute la France et dont la grande majorité ont de toute façon disparu. Néanmoins, quand des pistes m’ont semblé pouvoir aboutir à des résultats probants, j’ai poussé les recherches au maximum de mes possibilités avec parfois quelques surprises, dont un joli scoop avec Jean-François Heidenreich, bourreau de Paris.
 
Dans un ordre plus ou moins chronologique en commençant par deux exécuteurs qui marquèrent leur temps à l'époque médiévale:
 

►CAPELUCHE († 1418)
Gibet de Montfaucon (Paris)
 
A la tête de la corporation des bouchers  parisiens, il était bourreau à Paris en 1411. Après s’être illustré par le massacre sauvage  des Armagnacs  lors de la prise de la capitale par les Bourguignons, Jean sans Peur, révolté par cette cruauté, le fit arrêter et exécuter par son valet. On lui coupa le poing avant de le décapiter.  Si Capeluche était un bourreau expérimenté, ce n’était pas le  cas de son valet.  Peut-être aussi que ce dernier était-il impressionné par l'obligation dans laquelle il se trouvait de décapiter son patron. On raconte que Capeluche lui aurait alors donné ses instruments et instructions pour mener à bien sa tâche. Son corps fut ensuite pendu par les aisselles au gibet de Montfaucon où il resta pourrir.
RETOUR BOULEVARD DU CRIME
Ultime maillon de la chaîne pénale, jusqu’à la mise au chômage du dernier d’entre eux avec l’abolition de la peine de mort en 1981, l’origine de la profession est un peu confuse.
A partir du 13ème siècle, le développement des centres urbains imposa une meilleure organisation de la justice et, en conséquence, la nécessité de recourir à un exécuteur professionnel. Ainsi naquit le bourreau au statut défini, dont les emplois se multiplièrent avec l’apparition de tribunaux et la naissance de règles de droit coutumier. On trouve les premières traces officielles de cette fonction dans une ordonnance de Louis IX de 1264, mentionnant que le (la) criminel(le) doit être exécuté(e) par une personne du même sexe que lui.
Le  terme précis serait apparu pour la première fois dans un texte de 1290/1294 signalant un Michale Anric, « borreu » à Millau. Quant à l'origine étymologique du mot, peut-être « borel », elle n’est qu’hypothèses.
 
L'institutionnalisation de la fonction tarda et longtemps le bourreau fut choisi occasionnellement parmi les membres d’une corporation, notamment celle des bouchers. Dès le 14ème siècle,  avec la monopolisation de la violence légitime par l'Etat et l’interdiction à la population, mais aussi aux juges, de procéder à l'exécution, le métier se professionnalisa. Le besoin d'exécuteurs attitrés était d'autant plus impératif que les exécutions se faisant en public - et dont la multiplication finit par leur conférer le statut de spectacle-,  la charge demandait une technicité basée le plus souvent sur l’expérience.
Dans les petites villes,  en cas de besoin les autorités locales faisaient appel au bourreau de la cité la plus proche. À Bordeaux, on avait même imaginé de confier une exécution capitale à un autre condamné, contre remise de peine. Aussi choquante que puisse paraître cette pratique, elle fut déclarée licite, le 13 avril 1674, par le parlement de Bordeaux et perdura localement jusqu’à la Révolution.
 
Devenu officier de justice et détenteur d’une charge qu’il achetait, il pouvait revendre celle-ci ou la transmettre en héritage familial. Cette charge distinguait :
-« les hautes œuvres » : exécutions capitales, prestigieuses à la fois pour les juges et l’exécuteur qui s’effectuaient en hauteur sur l’échafaud. Pour avoir officié lors des plus célèbres exécutions criminelles, les bourreaux des hautes œuvres sont évidemment les plus connus.
-« les basses œuvres » : sanctions le plus souvent appliquées par l’assistant du bourreau ,  allant aussi de pair avec des tâches municipales plus communes, comme le nettoyage des rues, la vidanges des eaux usées, etc. , qui permettaient d’arrondir les fins de mois quand le supplicié se faisait rare.
Parmi les charges du bourreau, on ne saurait oublier la « question » c'est-à-dire la torture. La  question  préparatoire était appliquée à l'accusé afin d'en obtenir des aveux, tandis que la question préalable intervenait avant l’exécution pour qu’il révélât le nom de ses complices. Cette dernière fut supprimée en 1780.
Chaque « prestation » était tarifée, mais le bourreau pouvait compléter son revenu en vendant, par exemple, les vêtements du supplicié ou tout ou partie de son cadavre.
 
Profession honnie, le bourreau vivait  en marge de la société, en dehors de la ville, ou éventuellement  dans la maison du  pilori pour Paris.  Dès le 15ème siècle, il devait porter un signe distinctif cousu sur son vêtement ou chapeau.  En tout lieu, il avait obligation d’avoir son bâton d’une taille bien précise et peinturé.  Pour pallier au refus des commerçants de les servir, on mit en place le droit de havage permettant au bourreau de tendre la main vers les victuailles désirées mais sans les toucher. Puis, il se servait gratuitement à l’aide d’une écuelle, grande cuillère, etc. Le pain lui était donné retourné vers le dos.
Supprimé en 1775, le droit de havage fut remplacé par une compensation financière de 16.000 livres par an et le remboursement des frais générés par les exécutions.
Au Moyen Âge
Leur marginalisation incluait aussi l’exclusion de l'enseignement ou de l'apprentissage de leurs enfants qui, victimes de ces préjugés et faute de formation, ne pouvaient pas exercer d'autres métiers. Ce fait explique aussi, pour partie, l’hérédité récurrente de la charge à partir de la fin du 16ème siècle par « clause de survivance ».
Cet isolement et l’organisation de la corporation avec la multiplication des offices allaient conduire à des alliances entre familles de bourreaux. Ainsi, et par exemple, sur plusieurs générations on note le mariage de fils et filles Sanson avec des filles et fils des bourreaux, ou des bourreaux, de Soissons, Touraine, Reims, Melun , Provins , la Rochelle, Blois, Montpellier, Blaubeurein, et même d’Alger, etc.
Ces alliances en vase clos finirent par nécessiter des obtentions de dérogations pour des mariages consanguins jusqu’au niveau des nièces au premier degré.
D’une façon ironique ou désuète, à l'instar des évêques, ils s'appelaient entre eux Monsieur de Paris, Monsieur de Chartres, etc., formule couramment reprise pour les désigner.
 
Ecclesia abhorret a sanguine…
Pour aussi comprendre leur relégation au ban de la société, il faut se référer au rapport que l’Eglise
« entretenait » avec le sang qui coule. De même que le soldat qui tuait sur ordre n'était pas homicide, le chrétien militaire jouissait d'un statut l’exonérant de ce crime puisqu’il était légitimement constitué défenseur de la Cité et des intérêts chrétiens.
En revanche l'écoulement du sang, comme les menstrues ou autres hémorragies, étaient considérées comme polluantes. A cause de cette « impureté », l’éloignant du Sacré, le statut de la femme dans l'Eglise en fut totalement affecté.Dans cette même logique, les bourreaux étaient contaminés par le sang et le toucher de la mort : ils étaient donc parias. Paradoxe de sa situation, son office l’obligeait à tuer mais ne l'exonérait pas complètement du sang des autres.
Bouc émissaire de l'office royal, chargé de l'impureté du sang répandu, exclu du Salut et de la communauté civile, celle-ci, soulagée et l’esprit tranquille, pouvait se pressait au pied de l'échafaud pour jouir du spectacle.
 
A la Révolution, alors que l’Assemblée constituante débattait du rétablissement des droits civiques dont étaient privés les juifs, les protestants et les comédiens, certains proposèrent d’élargir les débats aux bourreaux. L’exécuteur Charles Henry Sanson rédigea à l’intention des députés une « adresse pour jouir des droits de citoyens actifs », ajoutant « qu’il vous prie, Messeigneur, d’accepter par avance sa démission si vous décrétiez que les exécuteurs sont déchus des droits de citoyens . » Droits qui lui furent accordés.
 
Jusqu’au 14ème siècle, il se devait de porter une casaque ou un chapeau de couleur rouge.  Dès le siècle suivant, ce vêtement, orné le plus souvent des armes de la ville, ne s’imposa que pour les exécutions. Opérant au sein d’équipes, ils étaient entourés d’aides, de valets généralement membres de la famille ou d'une autre famille de bourreaux, des hommes habitués dès l'enfance au métier.
La maison du Pilori aux Halles. L’exposition publique au pilori était une peine afflictive et infamante souvent appliquée à défaut de peine de prison.
►THÉRAGE Geoffroy ( ?- en/ap. 1432)
Très probablement Rouen (Seine-Maritime)
 
Maître persécuteur des hautes œuvres du Roy, de 1419 à 1432, du brigand au bourgeois compromis dans des complots contre la présence anglaise, il avait supplicié plusieurs centaines de personnes. Avec vingt-cinq ans d’exercice de son métier, il était un professionnel expérimenté quand lui incomba la lourde responsabilité de l’exécution de Jeanne d’Arc.
Sous escorte anglaise, il fut chargé de conduire les cendres de la jeune martyre à la Seine. A l’occasion du procès en réhabilitation de Jeanne des témoignages furent recueillis à son endroit. Selon le frère Martin : «[...] il eut grande compassion de la forme et cruelle manière » dont les Anglais firent mourir Jeanne, il fut troublé par le fait que le cœur de la victime,  nonobstant l'huile, la soufre et le charbon » était demeuré intact parmi les cendres l’obligeant à ranimer le bûcher pour le consumer entièrement. Puis, « frappé et ému d'une merveilleuse repentance et terrible contrition, comme tout désespéré, craignant de ne savoir jamais impétrer pardon et indulgence envers Dieu de ce qu'il avait fait à cette sainte femme. » Cette repentance, probablement sincère, ne l’empêcha pas de poursuivre son office avec vigueur.
En février 1432, il décapita 103 hommes du seigneur de Ricarville qui s’étaient introduits dans Rouen grâce à l’aide de Pierre de Biou, soldat anglais qui leur avait facilité l’entrée. Ricarville eut aussi la tête tranchée. Quant à Biou, il fut trainé sur une claie, décapité, écartelé, et eut les membres pendus et sa tête mise sur une lance. On peut raisonnablement penser qu’il mourut à Rouen et qu’il y fut  inhumé.  
Jeanne d’Arc au bûcher miniature Les Vigiles de Charles VII, manuscrit réalisé par Martial d’Auvergne en 1477-1483. BnF
►JOUËNNE ou JOUHANNE (LES)
 
Bien oubliée de nos jours, elle était pourtant la plus ancienne dynastie de bourreaux en France. Le premier, Nicolas Jouhanne, dit “La Justice”, bourreau du Pays de Caux, cité en 1202, vit sa descendance professer jusqu’en 1850. Bien que détenteurs des offices de d’Evreux, Caudebec-en-Caux, Falaise et Caen, avec le temps, outre leur présence notoire en Basse-Normandie, comme toutes les autres grandes familles de bourreaux, soit par besoin, soit par alliance, soit les deux, on en retrouve aussi comme maîtres des hautes-œuvres ou aides exécuteurs, à Paris, Melun, Fontenay-le-Comte, Auxerre, Digne, Dijon, Rennes, Châteauroux, Angers, Epernay, et au Mans.
Parmi leurs unions matrimoniales, on notera entre autres, celle de Charles I Sanson, dit Longval, avec Marguerite Jouënne ; celle, en 1837, de Jean-Nicolas Jouënne, chirurgien, fils de Nicolas-Lubin Jouënne, bourreau de Melun, avec Marie-Emilie Sanson, fille d’Henri-Clément Sanson ; celle de Charles-Louis Jouënne avec une fille Férey, etc.
 

►DESMORETS (LES)
 
Bourreaux d’Etampes, de Dourdan et de la Ferté-Alais depuis Louis XIII, sans doute suite à un mariage, une branche s’installa dans l’est de la France. En comparant avec d‘autres familles d’exécuteurs,   on constate que, branche par branche,  les Desmarets furent ceux qui cumulèrent le plus de  charges dans toute la France. Au 18ème siècle, on les trouve officier comme bourreaux, ou aides, à Châlons-en-Champagne, Soissons, Epernay, Reims, Senlis, Noyon, Laon, Compiègne, Troyes, ancien district de Vitry-sur-Marne,  Vitry-le-François, Reims, Nice, Aix-en-Provence, Bourges, Bastia, Dijon, Evreux, Quimper, Nîmes, Bordeaux, Montpellier, Rennes, Tours, Blois, Montbrison, Orléans, Cahors, Agen, Coutances, Laval, Vannes, Beauvais, Compiègne, Melun,  Carpentras, Limoges, mais aussi à Paris.
Une branche officia longtemps à Châlons-en-Champagne où, habitant dans la paroisse Saint-Alpin, ils se succédèrent jusqu’en 1789 avec Jean-Simon dernier bourreau de la ville mort dans cette ville le 10 pluviôse an VIII.
 
►François Louis Henry Desmorest (1799/1800-1878)
Cimetière de Louyat à Limoges (Haute-Vienne)
 
Fils de François Louis Desmorets, bourreau de Reims, il fut exécuteur  à Limoges de 1853 à 1870.  Mis à la retraite à soixante-douze ans, il reçut un secours budgétaire annuel de 800 francs renouvelé jusqu'à sa mort.
Inhumé en fosse commune au cimetière de Louyat, ses restes reposent depuis longtemps dans l’ossuaire  
Acte de décès de François Louis Desmorets Archives en ligne de l’état-civil de la Haute-Vienne © MCP
Mais c’est à Etampes, leur « fief » d’origine, que l’on trouve le plus de trace de leur présence.
-André Louis Desmorets, actif en 1702, apparait comme paroissien de Saint-Basile que lui et ses descendants habitèrent jusqu’à la Révolution.
-André Louis II Desmorets († 1763), succéda à son père en 1740. Ses prétentions exorbitantes sur son droit de havage lui valurent un procès par les habitants et commerçants de la ville. Mort durant ce procès, sa veuve et ses enfants n’obtinrent pas gain de cause.
-Pierre André Louis Desmorets (1742-1813), fils du précédent, fut le dernier titulaire à Etampes. Après l’abolition de sa charge, il continua à habiter la ville et y vécut en honnête bourgeois avant d’y mourir. La logique voudrait qu’il eût été inhumé, par exemple, dans la partie ancienne du cimetière Notre-Dame, ouvert en 1790. Mais, malgré l'existence d'actes, les rechercheseffectuées par le service des cimetières d’Etampes n’a trouvé aucune trace, ni là, ni ailleurs.
Acte de décès de Pierre Louis Desmorets
Extrait de la table décennale © MCP
►GUILLAUME (LES)
 
Principalement exécuteurs à Paris de 1594 à 1687, par un arrêt du Parlement, daté de 1608, lui défendant de livrer aux chirurgiens la dépouille des suppliciés sans la permission du doyen de la faculté de Médecine, on peut pour la première attester la propriété de l’office d’exécuteur de Paris à Jean Guillaume.
Leur office dans la capitale leur valut de présider à de célèbres exécutions parmi lesquelles celles de Ravaillac (1610), la marquise de Brinvilliers (1676), Catherine Deshayes, dite la Voisin (1680), etc.
A la mort d’André Guillaume (1687), bourreau depuis 1674, la charge fut alors reprise successivement pour deux périodes très brèves, par son neveu, Jean Carlié, puis par un dénommé Levasseur destitué pour proxénétisme.
Le 23 septembre 1688, le premier de la dynastie des Sanson,  obtenait « d’exercer seul » l’office d’exécuteur des hautes-œuvres de Paris. Il fallut attendre la révocation du dernier de la lignée, en 1847, pour que la charge soit confiée à d’autres, dont le premier fut Charles-André Férey.
Nul doute qu'ils eurent leurs sépultures à Paris, au moins pour partie. Lignée très mal renseignée, je n’ai pas trouvé la moindre trace de résidence déterminant une paroisse possible.
 

►SANSON (LES)
 

►FÉREY (LES)
 
Se partageant la Normandie avec les Jouënne, ils paraissent être venus de Vire à Rouen au 17ème siècle. Et c’est à bien à Rouen, l’office le plus important de Normandie, que l’on trouve le plus de représentants de cette famille : douze se succédèrent de 1725 à 1847. On les retrouve officiant à Aix-en-Provence, Caen, Vire, La Rochelle, Guéret, Pont-Audemer, Rennes, Chinon, Blois, Nantes, Orléans, Angers, Coutances, Beauvais, Caudebec-en-Caux, Provins, Melun, Provins, Pontoise et Paris.
Nonobstant des passages de courtes durées dans d’autres villes, cette dynastie fut relativement « sédentaire », principalement présente en Normandie et dans l’ouest du pays.
 
A Rouen, jusqu’au moins 1850, ils résidèrent  quasiment à la même adresse qui dépendait de la paroisse Saint-Patrice où furent enregistrés différents actes inhérents à cette famille dont celui de décès de Charles André Louis Férey (1762-1811).  Il fut probablement inhumé au cimetière Beauvoisine, créé en 1783 pour les paroisses Saint-Romain et Saint-Patrice et qui ferma définitivement 1893.
 

►FÉREY Charles-André (1785- ?)
A la révocation du dernier des Sanson, Henry-Clément, en 1847, on fit appel à Charles André Férey, alors exécuteur à Rouen, où il avait succédé à son père, en 1811.  L’exécution de Daix, Lahr et Chopart (1849), assassins du général Bréa (1790-1848) et de son aide de camp sonna sa fin. L’exécution devait avoir lieu, le 16 mars  sur le lieu du crime à la barrière de Fontainebleau. Pour faire face aux manifestations, un service d’ordre gigantesque, composé de plus de 20.000 hommes avec plusieurs batteries d’artillerie, avaient été mobilisé pour former le cortège menant les condamnés du fort de Vanves à leur lieu de supplice. Problème, on ne trouva pas Férey pour lui signaler qu’il était de service ce jour-là !  Faute de bourreau, les troupes commencèrent à faire mouvement provoquant une énorme pagaille. L’exécution eut lieu le lendemain 17 mars. Ce  délai avait permis à Chopart de sauver sa tête. Convoqué au ministère de la Justice pour justifier son absence, il dut quitter son poste, puis on perd sa trace.  
Jean-François Heidenreich lui succéda.
 

►HEIDENREICH Jean-François (1811 – 29 mars 1872)
Cimetière du Père-Lachaise, 65ème division (Paris)
 
Issu, lui aussi, d’une longue lignée d’exécuteurs dont les débuts  dans la profession remontent peut-être à Georges Heidenreich,  aide-bourreau à Strasbourg en 1591, la famille officia principalement en Alsace (Obernai, Sélestat, Colmar, Altkirch), même si l’on en trouve un à Grenoble ou un autre à Rouen.
Son père, François-Joseph, exécuteur depuis 1806,  s’installa à Draguignan vers, ou en, 1814 date à laquelle il devint le bourreau de la ville et où il initia au métier ses deux fils, Joseph-Charles (1818-1841) et Jean-François, en les employant comme aides.  A sa mort, pour subvenir aux besoins de sa mère et de sa fratrie, Jean-François lui succéda.  En 1848, la réduction des postes provinciaux l’obligea à venir à Paris où il devint aide de Charles-Henry Férey et auquel il succéda l’année suivante comme maître des hautes-œuvres.
« Colosse, célibataire et qui a la tournure d’un officier avec le cheveux coupés en brosse, les favoris courts », il en imposait. Bon ouvrier à la guillotine,  avec l’exécution d’Humblot (1851), un garçon de dix-neuf ans qui avait égorgé sa maîtresse alors qu’ils faisaient l’amour, il devint le premier bourreau  à guillotiner devant la célèbre prison de la Roquette.
 
Après avoir procédé à une exécution, il rentrait chez lui, prenait un bain puis se couchait, la tête enfiévrée, gardant parfois le lit deux jours durant. Il faisait parfois dire une messe à la mémoire des hommes qui étaient passés entre ses mains. Lecteur assidu de romans à l’eau de rose, il avouait s'arrêter souvent au milieu de ses lectures pour se promener, car ces histoires le faisaient pleurer. Ce cœur sensible n’en exerça pas moins sa charge sans faillir.  
Parmi ses plus célèbres exécutions :
-Marie-Madeleine Pichon : unique femme exécutée devant la prison de la Roquette pour avoir torturé la fillette de son second mari, qui survécut à son long calvaire.  Guillotiné le 21 janvier 1852, elle fut la dernière femme à l’être en public à Paris.  
-Jean-Louis Verger, ancien curé qui poignarda en pleine messe l’archevêque de Paris, Mgr Sibour, sous prétexte qu’il était hostile au récent dogme récent de  l'Immaculée Conception. Guillotiné le 30 janvier 1857.
-Felice  Orsini et Pieri, auteurs d’un attentat contre Napoléon III. Guillotinés le 13 mars 1858
-Edmond Couty de la Pommerais, docteur empoisonneur à la digitaline. Guillotiné le 9 juin 1864
-Avinain, assassin et dépeceur qui,  en regardant la foule massée autour de l'échafaud, lança son fameux « N’avouez
jamais ! ». Guillotiné le 27 novembre 1867.
-Jean-Baptiste Troppmann, assassin de huit membres d’une même famille. Guillotiné le 19 janvier 1870.
La dernière tête qu’il fit tomber fut celle de Gustave Brûlé, meurtrier et voleur, guillotiné à Versailles le 11 mars 1872.  
 
Malade, il mourut peu avant son départ à la retraite. « Philanthrope, humain et d’une douceur singulière », il fut unanimement regretté.
Inhumé le 30 mars 1872 dans une tranchée gratuite au cimetière de Charonne, il en fut exhumé le 15 avril suivant pour son transfert au Père-Lachaise dans une concession perpétuelle achetée par une Mlle Françoise Flavie Dalban
(† 1879) qui y fut aussi ensevelie.  Il repose  de façon anonyme dans la chapelle où sa présence est simplement indiquée par cette épitaphe :
« Ici repose un noble cœur !!!
Né le 28 mars 1811,
Décédé le 29 mars 1872,
Regretté de tous ceux qui l’on connu
Priez pour lui »
 
Nicolas Roch (Rauch) lui succéda.
 
Merci à M. Beleyme pour cette photo et la suivante
►ROCH (RAUCH) Nicolas (1813 – 25 avril 1879)
 
La famille apparait dans la profession d’exécuteurs la même année (1667) en Alsace à Benfeld et à Dambach. Néanmoins, à quelques exceptions près, elle œuvra principalement en Lorraine et dans le sud de la France : Gap, Privas, Montpellier, ou Agen. Nicolas naquit à Mende (Lozère) où son père, François Roch, était bourreau local depuis 1805. Initié très jeune au métier, il participa à l’exécution, en 1833, qui mit un terme à la fameuse affaire de « l’Auberge rouge » dont s’inspira, entre autres, Claude Autant-Lara pour son film éponyme en 1951.
 
Nommé exécuteur provisoire, puis confirmé, dans le Vaucluse (1838), il fut appelé à Lons-le-Saulnier (1853) pour remplacer François Desmorets révoqué pour ivrognerie. Durant les dix années qui suivirent, il ne présida qu’à une seule exécution mais servit souvent comme aide aux bourreaux des départements voisins, avant d’être nommé maître des hautes-œuvres à Amiens en remplacement d’un autre obsédé du goulot, Henri Ganié. Dix-huit ans, une trentaine de têtes et huit enfants plus tard, ayant retenu l’attention du ministère de la Justice par son sérieux et sa sobriété, sa carrière exemplaire lui valut d’être nommé premier aide à Paris après la surpression des postes en province et la nomination d’un seul exécuteur pour la métropole en 1870.
 
Assistant de Jean-François Heidenreich, à sa mort, il lui succéda tout naturellement dès le début d’avril 1872. Le nouveau « Monsieur de France » ne manquait pas d’allure. A défaut d’un physique attrayant, il exécutait en redingote et haut-de-forme et, pour eux aussi faire bonne figure, ces aides se coiffèrent d’un chapeau melon. Après cinq exécutions en province, le 17 juin 1872, il exécuta pour la première fois à Paris, devant la prison de la Roquette. Il s'agissait de Jean-Baptiste Moreux, accusé de l'assassinat d'une prostituée. Sa nomination s’était accompagnée de deux nouveaux adjoints : Louis Deibler et Alphonse-Léon Berger (1841-1906), ébéniste de métier, qui mit au point le modèle de guillotine qui porte son nom et utilisée jusqu’à l’abolition de la peine de mort. La tête d’Ernest Mautin, exécuté le 18 décembre 1878 à Alençon, fut sa dernière. En cinquante-cinq ans de carrière, il en comptait environ 300. Victime d'une crise d'apoplexie, il mourut le lendemain.  Deux de ses fils embrassèrent la profession : Léon-Désiré, adjoint de son frère Henri (1865-1956) qui fut adjoint en Algérie dès 1906 avant de devenir « Monsieur Algérie » de 1928 jusque fin 1944 ou début 1945.
Une source indiquait le cimetière de Saint-Ouen comme lieu de sépulture dans un caveau familial. Vérification faite, ni le cimetière communal de cette ville, ni le cimetière parisien de Saint-Ouen n'ont de trace de cette inhumation. Néanmoins, le doute subsiste.
Louis Deibler , son premier adjoint, lui succéda.
►DEIBLER Louis (1823 – 6 septembre 1904)
Cimetière ancien de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
►DEIBLER (LES)
 
►DEIBLER Joseph Antoine (1789 - 9 avril 1874)
Cimetière du Nord de Rennes (Ille-et-Vilaine)
 
Depuis 1694, les Deubler, francisé en Deibler, officiaient dans le Wurtemberg. En 1815, Joseph Antoine ancien grognard de la Grande Armée, s'installa dans l'Ain où il devint tenancier d'un café. A l’occasion d’une conversation, le bourreau de Lyon, Claude Chrétien, apprenant qu’il était fils de bourreau, lui conseilla de se rendre à Dijon prêter main-forte à l'exécuteur local, Louis Antoine Stanislas Desmorest. Après un possible passage à Lyon comme aide, Joseph déménagea à Dijon avec sa famille où, d’assistant, il remplaça Desmorets en 1823.
Par la suite, il continua à œuvrer dans différentes villes de province avant de s’installer à Rennes comme exécuteur de 1853 à 1863. Mis à la retraite, il y finit ses jours comme « rentier » si l’on se réfère à son acte de décès. Inhumé dans une concession gratuite au cimetière du Nord, sa sépulture a été relevée depuis bien des lustres.
Son fils, Louis Deibler, lui succéda.
Acte de décès de Joseph Deibler- Archives de l’état-civil de Rennes © MCP
Né à Dijon, Louis avait très tôt assisté son père. La vocation venant, les postes de maître- exécuteurs en métropole se raréfiant, il embarqua pour Alger en 1853. Appelé à Rennes à la mise en retraite de son père (1863), son expérience et son professionnalisme lui valurent d’être retenu comme adjoint quand un seul bourreau fut nommé pour la métropole. Après avoir officié sous les ordres de Jean-François Heidenreich, puis de Nicolas Roch, il succéda à ce dernier en 1879.
En 1897, la maladresse d'un aide fit que Louis fut aspergé de sang en plein visage. Dès l'exécution suivante, il demanda de l'eau pour nettoyer le sang dont il se pensait recouvert. Victime de sa première crise d'hématophobie, il ne s’agissait que d’une hallucination.
Les crises s’accentuant, il remit sa démission le 28 décembre 1898. Bien qu’acceptée, elle ne fut effective que le 2 janvier 1899 après l’exécution, à Bourg-en-Bresse (31 déc.), de Joseph Vacher dont le parcours criminel inspira à Bertrand Tavernier le film Le Juge et l’assassin (1976).
Parmi ses plus célèbres exécutions, outre Vacher, on notera celles de Pranzini (1887), Eyraud (1891), des anarchistes Ravachol (1892), Auguste Vaillant (1894), Emile Henry (1894), ainsi que de l'assassin du président Sadi Carnot, Caserio.
Il mourut d’un cancer et fut inhumé au cimetière ancien de Boulogne-Billancourt.
Son fils, Anatole Deibler, lui succéda.
© MCP
© MCP
►DEIBLER Anatole (1863 – 2 février 1939)
Cimetière ancien de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
Fils aîné de Louis Deibler, bien que réticent à embrasser la même carrière, il se résigna et partit s’initier au métier auprès de son grand-père maternel, Antoine Rasseneux, exécuteur à Alger. Cinq ans et environ dix-huit exécutions plus tard, il revint en France pour intégrer l’équipe de son père et remplacer l’un des aides qui venait de décéder.
Succédant à la main paternelle comme exécuteur en chef de France métropolitaine en janvier 1899, sa première à Paris pour l’exécution d’Alfred Peugnez (1er fév.) fut très appréciée du public et de la critique : « Tous les journaux s'accordèrent à rendre justice au jeune monsieur Deibler qui montra pour ses débuts à Paris un tournemain et une aisance de vieux praticien. Jeune, élégant, vêtu d'une redingote de couleur sombre, comme un témoin de duel sélect, il réalise dans la perfection le type du bourreau moderne. On peut, après cet heureux essai, lui prédire une belle carrière et un nombre respectable de représentations. » (Annales politiques et littéraires du 12 février 1899). Si certains lui reprochèrent sa rapidité, une diva du couperet était née…
 
Homme de son temps, Monsieur  de France fut l’un des premiers Français à obtenir son permis de conduire, montrait du goût pour la mécanique et la photographie, se rendait souvent au cinéma, au cirque et aimait cuisiner. Une vie paisible d’honnête citoyen que troublèrent les présidences de Félix Faure, modérément partisan de la peine de mort, et  d’Armand Fallières avec les abolitionnistes.
Placier en  vins de Champagne en attendant des jours meilleurs, ceux-ci revinrent en 1909 avec l’abandon de l’abolition envisagée de la peine de mort.  Et les têtes de se remettre à  tomber à un rythme soutenu. La Première Guerre mondiale ralentit mais n’arrêta pas son activité qui reprit de plus belle après la guerre.
 
En quarante ans, il présida à environ  400 exécutions parmi lesquelles : « les chauffeurs de la Drôme » (1909) ; les chefs de bande Pollet (1909) ; Raymond Caillemin, Antoine Monier et André Soudy (1913) de la bande à Bonnot ; Désiré Landru (1922) ; Gorguloff (1932), assassin du président Paul Doumer, etc.
Le 3 février 1939, alors qu’il  devait se rendre à Rennes pour une exécution, il s’écroula victime d’un infarctus sur le quai du métro de la Porte de Saint-Cloud proche de son domicile. Transporté à l’hôpital, il y rendit son dernier soupir.
Anatole Deibler fut inhumé au cimetière ancien de Boulogne-Billancourt où il rejoignit dans la tombe ses parents et son fils mort à moins de deux mois.
Jules Henri Desfourneaux, son neveu par alliance, lui succéda,.
© MCP
© MCP
►DESFOURNEAUX Jules-Henri (1877- 1er octobre 1951)
Cimetière de Sèvres (Hauts-de-Seine)
Issu d’une ancienne lignée de bourreaux officiant principalement dans le centre de la France, Vierzon dès 1706, Bourges dès 1742, Moulins, Issoudun, etc., il avait abandonné la profession de son père pour se consacrer à la mécanique, notamment dans les moteurs de bateau, domaine dans lequel il excellait au point de pratiquer ses talents en Inde, Russie, etc. Revenu en France au début des années 1900, il fit la rencontre d'Anatole Deibler qui, manquant d'adjoints, l’engagea à la fin de l'année 1908. Tout en conservant son métier de mécanicien, il assista à plusieurs exécutions.
Bon ouvrier, très habile pour ligoter le patient et le faire basculer, il épousa une nièce d’Anatole (1909). Premier adjoint de ce dernier en 1930, l’humeur taciturne de l’homme s’aggrava avec le suicide de son fils (1934). Entraîné dans les abîmes de la dépression et de l’alcoolisme, malgré tout, au détriment de son neveu, André Obrecht, parce qu’elle lui était redevable financièrement, la veuve d’Anatole insista auprès de l’administration pour qu’il succédât à ce dernier. Il officia comme exécuteur en chef des arrêts criminels en France métropolitaine de 1939 à 1951.
Le 17 juin 1939, l’exécution d’Eugène Weidmann à Versailles provoqua par son retard un comportement si répréhensible des journalistes et une telle hystérie de la foule, qu’il signa, ce jour-là, la dernière faite en public.
 
Resté à son poste sous l’Occupation, guillotinant des communistes ou des résistants entre deux exécutions d'assassins, il dut aussi présider à celle d’une femme de Marie-Louise Giraud (1943) condamnée à mort comme « faiseuse d’anges ». Répugnés par son obéissance servile, ses aides, dont son cousin André Obrecht, démissionnèrent en 1943 et Desfourneaux dut recruter des charretiers comme aides de fortune.
 
A la Libération, une enquête fut menée à son encontre pour le définir ou pas comme collaborateur. Lavé de tout soupçon, il conserva son poste et exécuta Marcel Petiot (1946). En 1949, il supplicia Germaine Leloy-Godefroy, condamnée à mort pour l’assassinat de son mari. Elle était la dernière femme à subir la peine capitale en France.
 
Physiquement et mentalement affaibli, souillé par le sang d’innocents, il guillotina son dernier condamné à mort à Saint-Brieuc le 29 juin 1951. Durant les quelques mois qui lui restaient à vivre, il s’occupa de réparation de vélos avant de rejoindre sa femme et son fils au cimetière de Sèvres où, depuis déjà bien des années, sa sépulture présente un aspect d’abandon pitoyable. En quarante-deux ans de carrière, il comptabilisa entre 200 et 250 exécutions.
André Obrecht lui succéda.
Merci à Annie Grillet pour cette photo
►OBRECHT André (1899- 30 juillet 1985)
Cimetière de l’Est à Nice (Alpes-Maritimes)
Orphelin de mère à cinq mois, il fut élevé pour partie par Anatole Deibler et sa femme, sœur de la défunte, qui lui donnèrent toute l’affection dont les avait privé la mort en bas-âge de leur propre fils en 1899.
Son certificat d’études en poche, il aurait volontiers poursuivi ses études, mais, faute de moyens, son père l’obligea à travailler. Devenu ouvrier mécanicien, il assista à sa première exécution en 1921 auprès de son oncle. Sa seconde, en 1922, fut celle de Désiré Landru qui fut suivie par son intégration au sein de l’équipe des exécuteurs. Ses gestes étaient précis, il savait obéir et diriger quand il le fallait, autant de qualités qui devaient naturellement lui valoir la succession de son oncle.
Mais, à la mort de ce dernier, contre toute attente, sa tante, semble-t-il redevable financièrement vis-à-vis d’Henri Desfourneaux, fit en sorte que celui-ci soit choisi au détriment d’André. Par alliance, Desfourneaux et Obrecht étaient cousins. Néanmoins, il fut promu adjoint de première classe. Sous l’Occupation, en 1943, écœuré par le zèle que mettait Desfourneaux à exécuter notamment des résistants ou des femmes, il démissionna avec d’autres adjoints. Réengagé à la Libération, les deux cousins en venant régulièrement aux mains, il démissionna de nouveau en 1947. En 1949, il partit s'installer à Casablanca et n'en revint qu’à la mort de Desfourneaux (1951). Nommé de suite exécuteur en chef des arrêts criminels, il officia jusqu’en 1976, année où, atteint de la maladie de Parkinson, il fut mis à la retraite après vingt-cinq ans de service.
Parmi les ceux qu’il exécuta, on citera : l'ennemi public no 1, Emile Buisson (1956), Jacques Fesch (1957), Georges Rapin (1960), Claude Buffet et Roger Bontems (1972), Christian Ranucci (1976) qui fut sa dernière exécution.
Mort à l’hôpital de Nice où il résidait souvent, il fut inhumé dans le carré n°18 du cimetière de l’Est de la ville. Sa tombe, relevée en 2009, n’existe plus.
Marcel Chevalier, son neveu par alliance, lui succéda.
►CHEVALIER Marcel (1921-2008)
Cimetière de Charray (Eure-et-Loir)
Ne manquant pas de courage ou de répartie, il n'hésitait pas à défendre, si besoin revolver au poing, son oncle et les aides, contre des sympathisants FLN, durant la série d'exécutions lyonnaises. Quelques maladresses techniques corrigées, affichant clairement son ambition, tout en continuant son métier d’imprimeur à Montrouge, il succéda à André Obrecht en septembre 1976
S’il assista comme adjoint à une quarantaine d’exécutions, il n’en présida que deux comme chef exécuteur : celles de Jérôme Carrein (23 juin 1977) à Douai, et celle d’Hamida Djandoubi (10 septembre 1977) à la prison des Baumettes à Marseille qui fut la dernière peine capitale exécutée en France. Quatre ans plus tard, le 18 septembre 1981, l’abolition de la peine de mort était votée et rentra en vigueur par la loi promulguée le 9 octobre suivant.
Mis d’office à la retraite anticipée, il se retira ensuite avec son épouse dans le petit village de Charray en Eure-et-Loir où il fut inhumé. Après sept siècles d’existence officielle, Marcel Chevalier clôturait, définitivement faut-il l’espérer, la longue histoire des exécuteurs des hautes-œuvres en France.
Fait unique à souligner dans cette saga d'exécuteurs, Marcel Chevalier n‘appartenait à aucune dynastie et n’avait aucun lien avec cette profession. Apprenti dans l’imprimerie dès ses treize ans, typographe hors pair, « Meilleur ouvrier de France », il lui aura fallu rencontrer et épouser, en 1948, Marcelle Obrecht, nièce d’André Obrecht, pour embrasser la carrière un peu sur le tard.
André Obrecht, resté sans enfant, s’attacha à ce neveu au caractère ferme et  à la forte constitution, qualités laissant présager un  potentiel successeur à la hauteur. Il le prit comme aide officiel en novembre 1958.
© MCP
© MCP
Sources principales :
Mes remerciements aux services des cimetières de Limoges et d’Etampes ainsi qu’au cimetière du Nord de Rennes, pour leur aide précieuse.
 
-La Justice criminelle et le bourreau à Chalons et dans quelques villes voisines par Louis Grignon (1887)
-Le métier de bourreau de Jacques Delarue –Librairie Arthème Fayard (1979)
-Dictionnaire amoureux du crime d’Alain Bauer –Ed. Plon (2013)
-Histoire des bourreaux –Historia Nostra Article de Lucile Lanvin du 13 mai 2008
-Dictionnaire historique et anecdotique des bourreaux de Michel et Danielle Demorest- Ed. généalogique de la Voûte  (2007)
-Les bourreaux en Normandie de la fin de l'Ancien Régime au Premier Empire par Jean Pouëssel (2008)
-Annales de la Société historique & archéologique du Gâtinais par la Société historique et archéologique du Gâtinais –Tome 22 (1904)
-http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1871_1977.html
-http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Henri.html
-http://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Marcel.html
(*) commentaire(s)
LES BOURREAUX ou EXÉCUTEURS DES HAUTES-ŒUVRES et leurs sépultures
6 décembre 2016
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